Ruth Bader Ginsburg : l’autre visage de la Cour Suprême

RBG, film documentaire de Betsy West et Julie Cohen, 1h38, 2018

 

Quasi inconnue de ce côté-ci de l’Atlantique, Ruth Bader Ginsburg (aka Notorious RBG en référence au rappeur américain Notorious B.I.G.) est devenue, au fil de ses prises de positions, une icône de la pop culture aux Etats-Unis. RBG c’est aussi un documentaire de Betsy West et Julie Cohen sorti cette année, retraçant son parcours, de son ascension des marches d’Harvard à celles de la Cour Suprême et montrant les différentes facettes de la juge, des salles d’audiences aux salles de sports.

Pour détourner une célèbre devise de la presse, ce film c’est un peu le poids des mots sans le choc des photos. Le documentaire n’invente rien formellement, se résumant en effet à une succession de témoignages de ses proches, de ceux qui l’ont connu et de l’intéressée en personne, agrémentés de vidéos de ses auditions devant le Sénat et de photos d’archives qui défilent avec des transitions qui sentent bon la naphtaline.
Il y a bien quelques tentatives de rendre l’ensemble plus dynamique, comme celle d’afficher les mots de Ruth Bader Ginsburg en même temps qu’elle les prononce, pour donner plus de force au propos, mais cela manque de subtilité. Ou encore des séquences qui font sourire comme celles de la juge, passé 80 ans faisant encore ses pompes à la salle de sport.

“I ask no favor for my sex. All I ask of our brethren is that they take their feet off our necks.”
Si le documentaire ne brille pas par sa forme, son visionnage est justifié par l’histoire de Ruth Bader Ginsburg en elle-même. Et quelle histoire ! Né en 1933 à Brooklyn, elle intègre l’université d’Harvard en 1956 où elle est une des neuf femmes sur une promo de 500 étudiants, puis celle de Columbia à New York. C’est lorsqu’elle devient avocate au sein de l’American Civil Liberties Union (ACLU) qu’elle découvre sa vocation qui la poursuivra et qui l’anime encore aujourd’hui : lutter contre les discriminations et pour l’égalité femme-homme. Ce qu’elle résume parfaitement dans le documentaire en déclarant « I ask no favor for my sex. All I ask of our brethren is that they take their feet off our necks » (Je ne demande aucune faveur pour les personnes de mon sexe, tout ce que je demande à nos frères c’est qu’ils veuillent bien retirer leurs pieds de notre nuque) Le style Ginsburg ? ne jamais céder à la colère face aux remarques désobligeantes et sexistes de ses pairs et obtenir, victoire après victoire des avancées pour le droit des femmes. Des victoires, elle en remporte cinq sur les six cas portés devant la Cour Suprême.
Une institution qui lui ouvre ses portes en 1993. Candidate du président démocrate Bill Clinton, elle était jusqu’alors juge à la Cour d’appel du district de Columbia depuis 1980, nommé par un autre président démocrate, Jimmy Carter. Le film passe sous silence le fait qu’a l’époque elle était loin de faire l’unanimité chez les féministes comme l’a raconté un article paru dans le New Yorker. Il n’empêche, Ruth Bader Ginsburg affiche dès les auditions devant le Sénat, sa volonté de continuer son combat, en prenant position pour l’avortement. Les résultats sont sans appel 96 à 3, RBG devient la deuxième femme de la Cour Suprême.
Un de ses premiers fait d’armes, vêtue de sa nouvelle toge noire fut l’affaire United States v. Virginia, portant sur le Virginia Military Institute (VMI) dont l’accès était alors refusé aux femmes. La majorité des juges se rangent du côté de RBG qui annonce le verdict : dès 1997 plusieurs femmes accède au VMI.
De Ginsburg à la Cour Suprême, le documentaire retient finalement une amitié inattendue avec le juge conservateur Antonin Scalia réunis autour d’une passion pour l’opéra. Mais aussi et surtout, dans un montage qui s’accélère, ses différentes opinions dissidentes comme lors de l’élection de 2000 entre Al Gore et George W. Bush.
Notorious RBG s’affiche donc aujourd’hui à 85 ans, comme une figure phare du courant libéral (au sens américain du terme) d’une Cour Suprême qui, avec la nomination de Brett Kavanaugh à pris un virage davantage conservateur, et ce, peut-être pour les décennies à venir.

 

Jordan Dutrueux

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