Rendez-vous en mobilité inconnue #2 Une année à Tokyo

Hier, Yuka, étudiante japonaise, nous parlait de son parcours entre Tokyo et Bordeaux. Aujourd’hui c’est Annette, 3A fraîchement revenue d’une année à Tokyo, qui nous livre ses anecdotes.

VREN : Pourquoi avoir choisi le Japon pour ton année à l’étranger ?

Annette: Cela fait plusieurs années que je suis attirée par la culture japonaise et l’Asie en général. J’avais aussi envie d’apprendre le japonais de manière intensive et Tokyo proposait un programme de langue intensive. Il faut savoir qu’il n’est pas nécessaire de parler japonais pour choisir cette destination. Moi j’avais pris des cours du soir en première année mais le niveau n’avait rien à voir avec le niveau attendu là-bas, on a fait en quelques semaines ce que j’avais fait en un an en France. Mais du coup j’ai énormément progressé, surtout à l’écrit. A l’oral malheureusement, sans pratiquer quotidiennement ça se perd vite.

Comment as-tu trouvé les cours là-bas ? As-tu remarqué une différence avec le modèle pédagogique en France ?

J’étais à la Tokyo University of Foreign Studies. J’avais énormément de cours de langue (15h par semaine, mais c’était mon choix). A côté, j’avais quelques cours en anglais, d’histoire, de géographie et de sciences politiques (5h en tout), c’est nous qui choisissions nos cours, il y avait beaucoup de choix. C’est beaucoup de par cœur pour ces cours. Par contre, les cours de langue sont assez exigeants, la quantité de travail demandée est importante : il y a pas mal de devoirs à faire, il y a des petits tests tous les jours (les gros examens n’ont lieu que deux fois par semestre). Il y a 8 niveaux de langue, on peut passer de l’un à l’autre si on valide les examens. Ce programme de langue intensive est réservé aux étrangers mais la majorité d’entre eux étaient familiers avec la culture japonaise (ils s’y intéressaient déjà avant) et parlaient déjà japonais. A savoir : il y a des cours très intéressants mais qu’on ne peut choisir que si l’on parle japonais.

En ce qui concerne les professeurs dans cette université, il faut savoir que parfois, les professeurs japonais ne diront pas directement à l’élève s’il fait quelque chose de mal. Ils vont plutôt essayer de lui faire comprendre d’une manière détournée, il y a peu de confrontation directe (c’etait le ressenti de beaucoup d’étudiants étrangers avec moi). Au début j’ai aussi été étonnée par la manière dont ils s’adressaient à nous : ils nous parlaient comme à des enfants. C’est assez frappant. Cependant, cela vaut surtout pour les cours de langue japonaise et il est difficile de généraliser ça à tous les professeurs.

As-tu remarqué des différences dans le style de vie ?

J’ai surtout remarqué une différence dans la façon de faire la fête. Déjà les fêtes de bienvenue pour les étudiants étrangers étaient organisées par la fac, ça commençait à 18h et finissait à 21h… On sortait surtout entre étudiants étrangers, on allait dans des karaokés ou des bars, ce qui était aussi sympa. Avec les Japonais, c’était difficile de créer des liens, ça restait assez superficiel. On avait peu d’occasions d’établir de réelles amitiés avec eux, même si j’ai pu rencontrer quelques personnes avec qui je me suis bien entendue J’avais l’impression qu’ils sortaient peu. Et la différence de façon de faire la fête était peut être aussi liée à ça : beaucoup d’étudiants travaillent énormément et il y a peu de fêtes à l’occidentale. Ce sont surtout des sorties dans des bars (nomikai). Après, je ne sais pas si c’est très représentatif du Japon parce que la fac dans laquelle j’étais était réputée très studieuse et les étudiants qui y sont sont généralement très sérieux. Donc c’est peut-être un facteur à prendre en compte.

Tokyo

Mais sinon, de manière plus générale j’ai remarqué un « gap gender », les garçons et les filles n’ont pas vraiment les mêmes pratiques et ils se côtoient moins qu’en Occident. Certaines filles changent leur voix quand elles parlent : elles s’expriment de manière suraiguë pour la rendre plus enfantine et féminine. Cela peut être assez déconcertant… Si on voit deux personnes de sexe opposé ensemble, on peut souvent en déduire qu’ils sont en couple. D’après ce que j’ai vu, les hommes restent beaucoup entre eux dans le monde du travail et des salary men. Comme je le disais, il y a-moins de mélanges qu’en Occident. D’ailleurs, niveau logement universitaire, c’est la même chose : il y a un étage fille, un étage garçon. Évidemment, tous les Japonais ne sont pas comme ça, il s agit d’un ressenti global sur mon environnement là-bas (ça change surement selon les milieux, les régions du Japon, l’ouverture à l’international…).

Pour ce qui est du confort de vie, de nombreuses choses présentes au Japon sont appréciables : les konbinis (supérettes type seven eleven…) par exemple ou le train qui dessert très bien la ville de Tokyo.

Est-ce que l’image que tu avais du Japon avant d’y aller correspondait à la réalité ?

En fait, j’étais déjà allée au Japon deux fois avant. Donc je connaissais un peu le pays avant d’y aller. Mais c’est quand même complètement différent d’y vivre et d’avoir une expérience sur le long terme. J’ai pu me rendre compte de choses qui m’avaient échappées pendant mes séjours plus courts d’avant. Par exemple, leur façon de communiquer. Dans certaines situations, la façon dont on agit est plus importante que ce qu’on dit. Et puis, il faut parfois un certain temps avant de comprendre quel comportement adopter (le train où l’on ne parle pas, éviter de croiser le regards des étrangers…).

Beaucoup de Japonais sont sur la retenue. L’ironie ou le second degré y sont moins courants qu’en France par exemple. Dans la vie quotidienne, beaucoup de Japonais semblent garder beaucoup de choses  pour eux, et c’est plutôt en privé (en soirée ou avec leurs proches…) qu’ils se lâchent un peu plus et abordent des sujets plus personnels.

Qu’est ce qui t’a le plus marquée dans ton expérience ?

En négatif,  je dirais une vision assez conservatrice des rôles sociaux.

En positif, je dirais l’apprentissage de la culture, de nouvelles formes de communication, de nouvelles façons de voir le monde, la politique… et la nourriture bien sûr, je me suis régalée.

Des conseils pour les 1A qui veulent partir au Japon ?

Je les encourage vraiment à y aller : je sais que c’est cliché de dire ça mais c’est une expérience culturelle très enrichissante. On est confronté à des normes sociales et à des façons de vivre très différentes des nôtres. C’est aussi toutes les différences dont j’ai parlé plus haut qui font de ce pays une destination originale, qui demande parfois de l’adaptation, ce qui est très intéressant.  Il ne faut pas se laisser décourager par la barrière de la langue, même lorsqu’on reçoit des mails de la mairie en Japonais et qu’on n’y comprend rien. Enfin, il faut être respectueux des autres, mais ça c’est valable pour toutes les destinations.

Laurane Boulenger

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