Premier tour des élections présidentielles : La fin de la démocratie au Brésil ?

Dimanche soir, les résultats du premier tour de l’élection brésilienne sont tombés et une stupeur générale s’est abattue sur le pays face au score obtenu par l’extrême droite brésilienne.

Jair Bolsonaro (parti PSL), candidat de l’extrême droite, culmine  en tête du classement avec 46% des voix (d’après l’agence Reuters), traduisant ainsi une montée des valeurs conservatrices au sein de l’électorat brésilien. Celui qui sera son adversaire le 28 octobre à l’occasion du second tour, Fernando Haddad (parti PT), héritier politique de Lula, a obtenu quant à lui 29,3% des voix (Reuters).

Comment s’explique le succès du très sulfureux candidat Jair Bolsonaro ? Quel avenir peut-on prévoir pour la démocratie brésilienne ?

Jair Bolsonaro, l’homme providentiel

Le favori du scrutin apparait aux yeux de ses électeurs comme le candidat qui va enfin réformer un système politique  gangréné par la corruption. Il se présente, à l’instar de Donald Trump, comme le candidat antisystème disposé à remettre de l’ordre dans le pays, notamment en réduisant drastiquement la criminalité. Pour autant, il fait ironiquement lui-même parti de ce système qu’il dénonce virulemment, en tant que député fédéral de l’Etat de Rio de Janeiro depuis presque trente ans.

Fervent chrétien, homophobe et sexiste, cet ancien capitaine de l’armée entend défendre les valeurs de la famille et moraliser la vie politique. Les églises évangélistes appuient sa candidature, ce qui représente un énorme avantage en sa faveur dans la campagne électorale, étant donné l’influence qu’elles exercent sur une partie de la population.

 

Une population divisée entre l’héritier de Lula et la tentation de l’extrême droite

La polarisation existant entre les adeptes du Parti des Travailleurs (“petistas”) et ses pourfendeurs (“antipetistas”) est un autre aspect décisif de ces élections. D’inspiration socialiste, le parti a pendant des années gouverné le Brésil à travers les mandats de Lula (2003-2011) puis de sa dauphine Dilma Roussef (2011-2016).

S’il a sorti de la misère des franges de la population auparavant extrêmement pauvres, il n’est pas parvenu à contenter la classe moyenne brésilienne.

Dans le contexte de cette campagne, les années de mandat de Lula  sont profondément entachés par des scandales de corruption et l’ex président est victime selon  Maud Chirio (spécialiste de l’histoire contemporaine du Brésil) d’un « grand matraquage médiatique » à raison par exemple de « plus de 5000 fake news » en l’espace d’une semaine (France Culture, 6 octobre).

Ainsi, la diabolisation du PT joue en la faveur de Bolsonaro puisqu’il incarne, grâce à sa campagne surfant sur cette « vague d’antipétisme », le renouveau et la seule alternative possible au successeur  de Lula Fernando Haddad. L’hypothèse de la constitution d’un front républicain dans l’objectif de contrer l’extrême droite au second tour apparait donc comme assez peu probable puisque choisir entre les deux candidats s’apparente pour beaucoup à choisir entre la peste et le cholera….

 

Quel avenir pour la démocratie au Brésil ?

Selon le politologue Fernando Meireiles, (Université fédérale de Minas Gerais), « la possibilité que Bolsonaro gagne paraît la plus forte actuellement » (La Croix, 8 octobre).

La perspective d’un président d’extrême droite à la tête du Brésil effraie les milieux progressistes et libéraux. En effet, Jair Bolsonaro a exprimé plusieurs fois son sentiment de nostalgie à l’égard de la dictature militaire qu’a connu le pays entre 1964 et 1985. Par ailleurs, les minorités qu’il insulte régulièrement dont font partie la communauté LGBT, les femmes ou encore la population noire se sentent menacées par son arrivée au pouvoir. A ce titre, 500 000 femmes ont manifesté le 29 septembre en scandant « Ele Não » (« pas lui ») dans plus de 62 villes brésiliennes (Le Figaro, 30 septembre).

Cependant, en dépit de ce constat alarmant, il convient de relativiser. Les manifestations « Ele Nao » témoignent d’une forte mobilisation citoyenne en faveur des valeurs démocratiques. De plus, la jeune démocratie brésilienne dispose de contre-pouvoirs comme le Sénat et la Chambre des Députés, ou encore le recours à l’impeachment.  Il est donc encore trop tôt pour parler d’une fin probable de la démocratie.

Manon Cassoulet-Fressineau

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