Penser l’idéologie multiculturaliste avec Mathieu Bock-Côté

Ce lundi 11 décembre, les Dominicains de Bordeaux recevaient l’essayiste conservateur et sociologue québécois Mathieu Bock-Côté, qui présentait son ouvrage Le multiculturalisme comme religion politique, publié l’année dernière aux éditions du Cerf. L’occasion pour la trentaine de personnes composant l’assistance de découvrir un des auteurs centraux du renouvellement de la pensée conservatrice de ces dernières années.

La multiculturalisme à l’assaut des valeurs traditionnelles 

Se plaçant dans le droit fil de la pensée de Raymond Aron, l’auteur affirme, qu’après l’échec du communisme matérialisé par la découverte des Goulag et la chute de l’URSS, les intellectuels de gauche ont trouvé dans « l’idéologie diversitaire » – idée que le nouveau régime est marqué par le politiquement correct et impose une police du langage et de la pensée- un nouveau terrain d’expression des énergies révolutionnaires. Selon l’idéologue, ils se seraient alors appuyés sur une nouvelle sociologie de la diversité des critiques sociales. Analysant l’apparition de cette « religion politique », Mathieu Bock-Côté voit dans le passage de Karl Marx à Michel Foucault un tournant, considérant ce dernier comme un « penseur à la fois génial et destructeur ». Si Michel Foucault a fait naître par sa critique de toute notion de verticalité et de la légitimité des normes sociales, cette utopie libertaire, basée sur la volonté progressiste d’un homme nouveau, aurait amené à une refondation de l’État-providence. Celui -ci serait alors devenu « thérapeutique », selon les mots de Mathieu-Bock-Coté, de façon à transformer les mentalités,. Le multiculturalisme renverserait alors le modèle d’intégration traditionnel. Plutôt que les nouveaux arrivants prennent le pli de la société d’accueil, c’est désormais la société d’accueil qui doit s’adapter pour accueillir la diversité réclamant ses droits. À ce titre, de son verbe riche à l’accent québécois marqué, Bock-Côté n’a pas de termes assez durs contre le « marketing lacrimal » du premier ministre canadien Justin Trudeau, « mauvais acteur pour série B américaine ».

Renforcer la démocratie libérale 

S’inscrivant également dans la continuité de la pensée d’Alexis de Tocqueville, il considère la démocratie libérale comme absolument nécessaire mais cependant insuffisante pour se défendre elle-même. Posant que dans toute société, des valeurs contraires s’affrontent (rébellion/autorité, liberté/égalité, etc), il met en garde contre le danger d’une « absolutisation » d’une valeur par rapport à l’autre, c’est-à-dire une volonté de l’une des valeurs de nier toute légitimité à l’autre et de monopoliser le bien. C’est en ce sens que le sociologue définit le conservateur comme un « moderne critique et sceptique », acceptant la modernité comme un fait mais certain qu’elle a besoin d’autre chose que d’elle-même pour exister. Il propose ainsi un retour à un enseignement de l’Histoire qui ne soit ni pénitentiel, ni romancé, contre la perte de substance de ce qui fait l’identité nationale. Une identité nationale qui serait selon lui réduite par beaucoup à des droits de l’Homme n’ayant rien spécifiques ni à la France ni au Québec, à l’encontre du « noyau mythico-affectif de chaque nation » mis en lumière par Paul Ricoeur. Il plaide également pour une éthique de la discussion, croyant à la bonne foi d’autrui et à la délibération démocratique. Mathieu Bock-Côté termine sa conférence en reprenant une phrase prononcée par Raymond Aron et témoin de son scepticisme quant à une fatalité de l’Histoire : « l’Homme fait l’Histoire mais il ne sait pas l’Histoire qu’il fait ». Un moyen de replacer la contingence au cœur de l’action des hommes et de ne pas désespérer de l’avenir.

Quentin Ladrette

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