Marche pour le climat, un sursaut citoyen tardif

Des milliers de personnes ont marché ce Samedi 13 Octobre pour le climat dans 80 villes de France, mais aussi au Luxembourg en Belgique et en Suisse, sous le slogan « il est encore temps » pour exhorter à une prise de conscience des politiques et des citoyens sur les dangers du réchauffement climatique.

La Marche à Bordeaux

C’est sous un soleil de plomb (28 degrés au compteur) que des milliers de manifestants- marcheurs se sont réunis place de l’Hôtel de Ville à Bordeaux, afin de remettre le Rapport du GIEC au Maire de la Ville, Monsieur Alain Juppé. Le cortège s’est ensuite rendu jusqu’à Darwin écosystème où un village éphémère des solutions avait été créé pour l’évènement. L’occasion pour tous de rencontrer et discuter avec des acteurs de différents milieux porteurs de solutions. Pour finir, différents concerts étaient organisés par Slowfest. La marche a été ponctuée par différentes actions engagées dans le but de se réapproprier l’espace public et de faire entendre sa voix.

A cette occasion, le collectif « lesmaronniersdegambetta » en a profité pour lancer un appel contre les dix marronniers de la place Gambetta à Bordeaux qui vont être abattus, dans le cadre de travaux de réaménagement de la place. La raison invoquée : les arbres créeraient un masque vis-à-vis des façades des bâtiments de la place et les abattre offrirait une meilleure vue du patrimoine monumental. Doit-on vraiment sacrifier notre patrimoine végétal au profit de notre patrimoine monumental ? Couper des arbres entraîne un rejet important de CO2 et enlève des sujets performants de captation du dioxyde de carbone. En effet, on sait aujourd’hui que plus un arbre est âgé, plus il capte du CO2, principal gaz responsable de l’effet de serre. En lien ci-dessous, la pétition !

Au delà d’un mouvement transpartisan, la marche s’est illustrée par son aspect transgénérationnel.  Le cortège comptait un nombre important de familles rassemblant 2, parfois 3 générations différentes. Ce genre d’événement, finalement assez ludique pour les jeunes générations (la musique ambiante, la fabrique de pancarte, etc), peut permettre une introduction douce au problème actuel du réchauffement climatique. La prise d’initiative de parents tantôt inquiets pour l’avenir de leur enfants, tantôt désireux de les sensibiliser, reste admirable et nécessaire. Inculquer un nouveau vocabulaire, développer des réflexes écologiques, permettre une prise de conscience individuelle – tout cela est rendu plus facile à un plus jeune âge.

L’inanité des instances politiques étatiques et internationales

Cette marche s’intègre dans un contexte bien particulier. Face à son incapacité d’action et l’échec de son bilan (“petits pas” insuffisants) au gouvernement, Nicolas Hulot, alors ministre de la transition écologique avait annoncé, à grands fracas, sa démission lors d’une émission à France Inter le 28 Août 2018. Cette décision venait suite à un constat : l’impossibilité d’un homme passionné à agir seul (sans unité nationale, sans société mobilisée, sans formation politique…) face à un problème qui pourtant concerne tout le monde. En réaction à cela, une mobilisation citoyenne d’ampleur avait eu lieu le 8 Septembre, à laquelle 18 500 manifestants avaient participé à Paris.
Le 8 Octobre, le rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), a lancé un appel à des transformations rapides et sans précédents, si on veut limiter le réchauffement à 1,5 degrés. Le rapport, à destination des décideurs et de la communauté internationale comportaient deux messages essentiels. Le premier : les émissions de gaz à effet de serre liées aux activités humaines sont la cause principale du réchauffement climatique et celui-ci s’accélère. Au rythme actuel, on aura dépassé le seuil de 1,5° d’augmentation de la température mondiale entre 2030 et 2052. Le deuxième message : il est vital selon les experts d’éviter un réchauffement à 2 degrés : point de non-retour pour la planète. Cependant, ils pensent qu’il est encore possible de limiter à 1,5 degrés l’augmentation de température et d’endiguer en partie ses conséquences désastreuses, au prix de transitions très rapides et sans précédents dans tous les domaines de la société, ce qui impliquerait un changement de notre modèle de développement.
Mais c’est bien là que le blocage se trouve :  les états, biens qu’ayant signés l’accord de Paris en 2015 (pourtant largement insuffisant), n’ont pas mis en œuvre les mesures nécessaires à un infléchissement de ses émissions de gaz à effet de serre.

Un sursaut citoyen tant espéré

Les marches citoyennes organisées dans plus de 80 villes ont connu une forte participation. A Bordeaux, 3500 personnes étaient présentes. Ils étaient 14 500 à Paris et 3200 à Lille en moyenne, selon les différentes sources.

Cette mobilisation s’inscrit dans le cadre de multiples initiatives. C’est notamment le cas des 20 youtubeurs qui ont ainsi lancé à leurs millions d’abonnés, souvent jeunes, un appel rassurant montrant qu’il était encore possible d’agir contre le réchauffement climatique, en indiquant un éventail d’actions possibles, à la portée de tous.
Une plateforme “il est encore temps.fr” a aussi été crée. Il s’agit de relayer les campagnes de diverses ONG. Les internautes pourront alors choisir trois actions qu’ils jugent prioritaires, qui seront ensuite proposées à l’Elysée. Si cela n’aboutit pas, un kit de lancement a été mis en place pour faciliter la mobilisation dans les villes, grâce à une meilleure communication. La page du mouvement a déjà rassemblé 60 000 abonnés en un mois et 700 bénévoles travaillent sur des thématiques précises via le forum de discussion.

L’occasion de la dernière chance

A la fin des années 70, la science était déjà très claire sur les risques du réchauffement climatique. Le Rapport Charney, commandé par l’administration Carter au physicien de l’atmosphère Jules Charney et rendu en 1979, était sans équivoque sur ce qui allait se produire.  Vu l’inertie du système climatique, si l’on attendait de voir les signes d’un réchauffement climatique (qui étaient alors invisibles en 1979), il serait alors impossible d’endiguer les principaux désagréments de celui-ci. Pour beaucoup, ce rapport était celui de la dernière chance. Il était alors encore possible de changer le développement économique sans avoir à réaliser des transformations radicales. Pourtant, les leçons de ce rapport n’ont pas été tirées et encore aujourd’hui, rien de concret n’a été mis en oeuvre au niveau politique. Une mobilisation citoyenne de cette ampleur était donc nécessaire, mais sera-t-elle suffisante pour entraîner un sursaut international ? Il faut l’espérer. D’autant plus que, chacun par des actions quotidiennes (diminution des déchets, tri sélectif, boycott de certaines marques peu respectueuses de l’environnement, économie d’énergies, utilisation de transports doux…) peut être acteur de ce changement. Alors allons-y, c’est maintenant !

Le réchauffement climatique : kesako ?

L’effet de serre est un phénomène naturel : la terre réfléchit le rayonnement du soleil. Les gaz à effet de serre (dioxyde de carbone, méthane, protoxyde d’azote), eux, retiennent une partie de ce rayonnement infrarouge émis par la terre et le lui renvoie, ce qui contribue à la réchauffer. Or l’action de l’homme a déréglé ce fonctionnement naturel. La combustion du pétrole, du gaz, la déforestation, l’agriculture intensive émettent de grandes quantités de gaz à effet de serre (principalement du dioxyde de carbone et du méthane) qui s’accumulent dans l’atmosphère. Ceux-ci atteignent aujourd’hui des niveaux records. La concentration de Co2 est la plus forte depuis 800 000 ans, et a quasiment doublé en seulement 100 ans. A cause de cela, l’effet de serre s’intensifie.

Cela a des conséquences dramatiques sur notre environnement :
·     Montée des températures : Aujourd’hui, la température moyenne terrestre a déjà augmenté de 0,8 degrés depuis la fin du 19e et les épisodes caniculaires se multiplient. Auparavant, seul 1% de la surface terrestre était touchée par de très fortes chaleurs, aujourd’hui c’est 10%.
·    Élévation des océans : Les glaciers d’altitude reculent et disparaissent. Les grandes calottes polaires du Groenland et de l’Antarctique fondent et contribuent à élever le niveau de la mer. L’arctique a perdu 30% de sa superficie depuis les années 1980. Quant au niveau des océans, il a augmenté de 20 cm en 1 siècle. Cela pourrait aller jusqu’à 1 mètre d’ici 2100 si rien ne bouge. Parmi les zones les plus menacées : les archipels comme les Maldives.
·     Augmentation des précipitations : Dans les régions déjà arides, les sécheresses seront plus longues et plus fréquentes. Cela entraînera également une réduction du débit des fleuves, or les centrales électriques ont besoin d’eau pour se refroidir. Cela risque donc d’avoir des conséquences importantes sur l’électricité. Parallèlement, l’hémisphère nord sera touché par des précipitations plus importantes.
·   Acidification des océans : le CO2 excédentaire se dissout dans les hautes surfaces et acidifie l’océan. Or les scientifiques ignorent les effets que cela entraînera d’ici à quelques décennies. Mais certaines espèces à la base de la chaîne alimentaire comme le plancton pourraient ne pas s’y adapter, ce qui aurait des répercussions sur l’homme également.

Au-delà de la disparition de la biodiversité, des ressources naturelles, d’un dérèglement climatique impliqué par le réchauffement de la planète, une autre conséquence importante : celle des déplacés climatiques, source importante de conflits :

L’ONG internationale Oxfam a publié son premier rapport sur les « Déracinés par le changement climatique » dans lequel elle estime que 23,5 millions de personnes ont été contraintes de fuir leur terre et leur foyer en 2016 à la suite de catastrophes naturelles extrêmes. Sur la période 2008-2016, ce sont en moyenne 21,8 millions de personnes qui ont dû, chaque année, quitter leur cadre de vie.

Ces chiffres ne vont pas aller en s’améliorant puisque, comme le signalent les auteurs du rapport, « la montée des eaux, l’évolution des précipitations et d’autres changements réduisent les moyens de subsistance et augmentent le risque de voir, à l’avenir, beaucoup plus de gens se déplacer ». Cela est source de profondes instabilités sociales, économiques et politiques, causant de nombreux conflits.

https://www.change.org/p/fdd-ne-laissez-pas-couper-les-marron

Eve Chavannes et Lauren Lefebvre

Instagram nous en parle aussi

Related posts:

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*