Les Tabloïds sont-ils le versant honteux de la presse anglaise ?

Souvenez-vous, nous sommes le jeudi 23 juin 2016. A la surprise générale, 51.9% des britanniques viennent de voter pour sortir de l’Union Européenne. Très vite, les autorités politiques et journalistes cherchent des coupables et les tabloïds sont alors érigés au rang de responsables de ce cataclysme. On leur reproche leur couverture biaisée, leur soutien sans faille au Brexit… Mais sont-ils vraiment la cause du retrait de la Grande-Bretagne de l’Union Européenne ? Sonia Delesalle-Stopler, correspondante de Libération à Londres et Simon Kuper, éditorialiste au Financial Times, étaient réunis lors du festival du film d’histoire de Pessac pour évoquer la presse britannique.

 

BeLEAVE in Britain’, ‘Si vous croyez en la Grande-Bretagne, votez « Leave »‘, ‘Nous ne pouvons pas stopper les migrants’ d’un côté.  ‘Voter pour rester’, ‘Pourquoi rester est le meilleur pour le Royaume-Uni’ de l’autre… Lors de la campagne référendaire sur la sortie de l’UE, les Unes des principaux journaux britanniques ont plus que jamais reflété la division qui existait dans le pays entre médias pro-Brexit et médias pro-européens.

« Pendant la campagne, si on prend tous les quotidiens, il y avait une grosse majorité pro-Brexit » précise tout de même Sonia Delesalle-Stopler. On pourrait citer The Sun, The Daily Mail, The Daily Express (tous trois des tabloïds) ou The Telegraph. En face les journaux plus sérieux The Guardian, The Times ou The Financial Times partageaient une ligne plus pro-européenne. A cette occasion, l’opposition entre tabloïds et journaux sérieux a donc été proéminente.

Les tabloïds -ce nom désigne simplement le format du journal- sont le type de presse le plus lue au Royaume-Uni en raison notamment de leurs bas prix. « Ils sont majoritairement très conservateurs » selon Sonia Delesalle-Stopler et abordent des sujets tels que la classe politique, les problèmes sociaux… Ils sont aussi des journaux à scandale (de nombreux cas d’adultères y sont révélés), très critiqués pour leurs méthodes douteuses.

 

Un cas unique en Europe

Et leur influence est énorme. Sur les autorités d’abord puisqu’un homme politique a besoin du soutien des tabloïds pour gagner. « Le graal pour un premier ministre est d’avoir le soutien du Sun et du Daily Mail » explique Sonia Delesalle-Stopler, ce qui peut entraîner des pressions et des chantages. Sur la population britannique également. « C’est quelque chose qui fait partie de la vie quotidienne britannique… Le matin quand on prend le métro, c’est frappant de voir que quasiment tout le monde est en train de regarder les journaux » poursuit-t-elle. Pour en donner un exemple, lors de chaque élection depuis 1979, le candidat soutenu par The Sun a toujours remporté les suffrages.

Cette influence peut s’expliquer par le tirage très conséquent (1.5 millions pour le Daily Mail, 1.35 millions pour The Sun… pour rappel Le Monde tire à 300 000 exemplaires), par l’expérience de ces tabloïds (le Daily Mail, le quotidien le plus lu, a été fondé il y a 120 ans) mais aussi par le faible nombre d’hebdomadaires et de journaux régionaux à l’inverse de la France. Ces raisons permettent une situation inédite. « Je ne connais pas un autre pays européen qui ait ce paysage médiatique avec des journaux qui mentent tous les jours » confesse Simon Kuper.

Face à cela, les journaux traditionnels résistent. Leurs ventes se sont d’ailleurs améliorées depuis le Brexit. Les autres types de médias, la télévision principalement (BBC, ItvNews, Channel 4) mais aussi la radio sont parmi ceux en qui les anglais ont le plus confiance. Enfin, il ne faut pas oublier que le lectorat des tabloïds ne concerne qu’une frange de la population et non pas la majorité des anglais.

Depuis le vote du 23 juin 2016 et son résultat surprise, de nouveaux médias voient même le jour. C’est le cas par exemple de The New European. Cet hebdomadaire ouvertement pro-européen se vante d’informer sur l’Union Européenne et d’expliquer son fonctionnement. Un journal pour faire la promotion de l’Europe créé après le vote du Brexit, ça arrive un peu tard non ?

 

Paul Gratian

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