Les prix littéraires décortiqués: bonnes ou mauvaises surprises ?

 

Goncourt, Femina, Renaudot, … Ces noms vous disent sûrement quelque chose, et pour cause, ils rythment la vie littéraire française. Début septembre, les premières sélections de ces grands prix littéraires ont été annoncées. Assurant de nombreux tirages et une grande visibilité aux auteurs, ces prix clôturent la rentrée littéraire. Pourtant derrière ces sonorités familières des questions persistent. Qui sont-ils ? Comment fonctionnent-ils ? Comment les différencier ? Retour sur l’histoire de ces prix littéraires, aussi bien appréciés que contestés.

À l’origine des prix littéraires : le prix Goncourt

Le 30 octobre aura lieu la troisième et dernière sélection du prix Goncourt avant l’attribution du prix le 7 novembre 2018. Ce prix est certainement le plus prestigieux mais également le plus ancien des prix littéraires français. Ainsi, le premier sera décerné en 1903. Déclinable à l’infini, prix Goncourt du premier roman, des lycéens, de la nouvelle, de la poésie et de la biographie, ce prix perpétue la volonté des frères Goncourt. En effet, le testament d’Edmond Goncourt, mort en 1892, établit l’utilisation de leur fortune pour réunir chaque année des écrivains qui récompenseront le « meilleur ouvrage d’imagination en prose, paru dans l’année ». Le prix se positionne alors contre l’Académie française, qui se contente de couronner des poètes, afin de mettre en avant des romanciers. Il n’accorde en réalité qu’un montant symbolique de 10 euros au lauréat, mais permet surtout un tirage estimé entre 200 000 et 500 000 exemplaires et une grande renommée.

Les critiques du prix Goncourt : la naissance du prix Femina

Jugé parfois trop masculin, trop élitiste, ne se concentrant que sur les plus grandes maisons d’édition, le Goncourt sera à l’origine de nombreux contre-prix au fil des siècles dont certains ont su s’imposer dans le monde littéraire français.

Ainsi, le prix Femina a été créé en 1904 en réaction contre le prix Goncourt afin de promouvoir le rôle des femmes dans la vie littéraire française. C’est une équipe d’hommes qui composait alors le jury du prix Goncourt et le prix avait été décerné cette année-là à Léon Frapié, face à la favorite de l’époque Myriam Harry. Cet événement, vécu comme une injustice, fut l’élément déclencheur de la création du prix Femina et Myriam Harry en fut la première lauréate. Ce sont 22 collaboratrices du magazine La Vie heureuse qui en sont à l’origine, rassemblées autour de la poétesse Anna de Nouailles. Soutenu par le magazine Femina, il s’appelait initialement « Prix vie heureuse ». Très controversé à l’époque, ce prix permettait aux femmes de voter et de sélectionner un ouvrage alors même qu’elles ne possédaient pas encore le droit de vote en politique et que la place des femmes dans le paysage littéraire français restait à conquérir. Si le jury du prix est exclusivement féminin, les lauréats ne le sont pas. Il récompense une « œuvre de la langue française écrite en prose ou en poésie ». Le lauréat du Femina ne reçoit aucune dotation mais le nombre de tirage est estimé à 150 000 exemplaires. Le prix Femina a su s’imposer et se place aujourd’hui dans les récompenses les plus attendus de cette rentrée littéraire. Cette année, la troisième sélection du prix Femina aura lieu le 24 octobre et le lauréat sera annoncé le 5 novembre.

Le prix Renaudot : Une protestation contre les injustices du prix Goncourt ou un doublon de ce dernier ?

Attendant le résultat des longues délibérations du prix Goncourt, un groupe de journalistes s’était retrouvé pour déjeuner lorsque l’un d’eux, sur le ton de la blague, proposa la création d’un prix alternatif composé d’un jury de journalistes pour pallier cette longue attente. L’année d’après, en 1926, les journalistes inaugurent le prix. Initialement, ils avaient pour ambition de le décerner à un livre amusant, mais finalement c’est un nouveau talent qui attire leur attention. La roue est alors lancée, plus moyen de faire marche arrière et le prix Renaudot change de direction afin de consacrer un auteur au style ou au ton novateur. Depuis , le prix Renaudot est annoncé le même jour que le prix Goncourt et deux livres sont désignés en cas de doublon avec ce dernier, ce qui lui vaut sa réputation de prix réparant les injustices du Goncourt. Il se décline également en trois autres prix : le Prix Renaudot de l’essai, celui du livre de poche et celui des lycéens. Le prix porte le nom de Théophraste Renaudot, le fondateur du premier journal français, La Gazette, en 1631. Il ne verse aucune dotation mais permet un tirage estimé à 200 000 exemplaires.

Cependant, se vantant de récompenser l’originalité de jeunes talents et de réparer les injustices du prix Goncourt, le prix Renaudot semble reproduire le même schéma que ce dernier et les critiques fusent. Beaucoup reprochent à ces prix littéraires de toujours récompenser les mêmes maisons d’éditions : les maisons Gallimard, Grasset et Le Seuil, les fameux « Galigrasseuil ». Ces maisons ont en effet gagné la majorité des grands prix littéraires français mais se sont également elles qui éditent les jurés, ce qui est à l’origine de controverses quant à la possible corruption des jurys. Se pose alors la question de savoir si un auteur appartenant à une maison d’édition peut délibérer en toute neutralité.

L’avenir des prix littéraires français

Ainsi, face à ces critiques, de nombreux prix littéraires alternatifs font leur apparition, critiquant l’élitisme des grands prix littéraires, ainsi que leur faible diversité. Ces derniers ont tendance à privilégier le réalisme et ne s’ouvrent que très peu à d’autres genres littéraires, ces prix alternatifs tentent alors de lutter contre cela. Les jurés sont souvent composés de lecteurs amateurs qui ne sont pas affiliés à des maisons d’édition, ce qui semble atténuer le monopole du groupe « galigrasseuil ». D’autres maisons d’éditions telles que Albin Michel ou encore Actes Sud font alors de plus en plus leur apparition parmi les maisons primées. Cette année, le prix Renaudot est également au cœur des critiques des libraires à cause de la présence d’un livre auto-édité et disponible sur Amazon dans la première sélection, livre qui a disparu de la deuxième sélection. Ainsi, les prix semblent s’ouvrir peu à peu à tous types de livres, au-delà de la simple renommée de la maison d’édition.

Cependant, les lecteurs conservent toujours cette image de milieu littéraire parisien élitiste, très fermé et peu accessible qu’incarnent les prix littéraires. Si certains voudraient voir ces prix disparaître, d’autres argueront qu’ils permettent aux favoris n’ayant pas été récompensés d’être salués par la critique et qu’ils drainent les ventes de la rentrée littéraire, dynamisant ainsi la vie littéraire française.

 

Anaïs Delaunay

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