Les Jeudis Politiques #6 : En Marche Sciences Po Bordeaux, après quoi courent-ils ?

Les membres d'En Marche Sciences Po Bordeaux lors de la visite d'Emmanuel Macron à l'EHPAD Le Relais des Sens, à Talence, en compagnie du député PS Arnaud Leroy.

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 Ils n’étaient au départ qu’une poignée de militants, rejoints progressivement par un, puis deux, puis une trentaine d’étudiants, pour former En Marche Sciences Po Bordeaux. Un mouvement naissant, un programme en construction… a priori, s’engager pour En Marche ne va pas de soi. Alors, qu’est-ce qui les fait courir ?

Nous avons interrogé  Clémence, en première année ; Oscar, en première année d’histoire à Montaigne et Maxime, en master 1 Carrières administratives. Plusieurs motivations se dessinent : partir du terrain, s’adresser à tous les Français, se sentir utile en tant que militant, s’ouvrir à toutes les sensibilités.

VR&EN : Racontez-nous un peu la création d’En Marche Sciences Po Bordeaux. Comment cela s’est-il passé ?

Clémence : Depuis la création d’En Marche en avril, on était quelques-uns à vouloir créer un comité. On avait participé à la grande marche cet été. On s’est réuni à 5 ou 6 à la rentrée et en quelques semaines nous avons eu de plus en plus d’adhérents.

VR&EN : La grande marche ?

Maxime : L’objectif c’était d’abord de faire un diagnostic des attentes des Français. Les adhérents se sont regroupés pour aller frapper aux portes, dans l’ensemble du territoire. On remettait un questionnaire aux gens. On était là pour écouter ce qu’ils avaient à dire, pas pour leur vendre un programme. C’était très instructif.

Oscar : Cela ressemble à ce que Barack Obama a fait aux Etats-Unis. En Marche s’appuie sur une application de la société Liegey Muller Pons pour avoir un échantillon cohérent et représentatif à la fin.

Clémence : On allait dans de petits villages, des quartiers de banlieue, des villes plus riches…

VR&EN : Comment étiez-vous accueillis ?

Maxime : A l’époque on n’était pas très connus. On ne venait pas vendre un candidat, on n’était pas en période électorale, alors les gens étaient très curieux.

Clémence : Souvent les gens ne connaissaient pas En Marche, ils étaient très curieux. Mais quand on leur parlait de Macron, beaucoup se fermaient.

Maxime : On arrivait quand même à dialoguer. Je me souviens avoir échangé quasiment 30 minutes avec un militant CGT ou encore avec des jeunes qui votaient Front National. Ils avaient des choses à dire, mais ils n’ont pas l’habitude qu’on leur donne la parole.

VR&EN : Quelles sont vos activités avec En Marche Sciences Po Bordeaux ?

Maxime : On a fait deux rencontres, une dans une maison de retraite à Talence et l’autre dans un incubateur de start-ups. Pour la maison de retraite, c’est la gérante de l’établissement qui a contacté plusieurs associations politiques. On a échangé deux heures avec les résidents. Je trouve cette démarche très intéressante : aller là où on ne va pas toujours. On va aussi organiser une visite à Darwin. A chaque fois, on y va dans un esprit de découverte, pour échanger avec les gens et faire ensuite un compte-rendu au niveau national.

Clémence : Nous allons organiser deux conférences. L’une sur le dialogue sociale et une autre sur l’importance du capital humain. On aura aussi certainement une conférence sur la vision écologique.

VR&EN : Mais est-ce que vos compte-rendus sont pris en compte au niveau national ?

Maxime : En tout cas, nous savons que ce qu’on fait est lu. Par exemple, quand Emmanuel Macron est venu à Bordeaux le 13 décembre, il est venu dans cette même maison de retraite, avec nous.

VR&EN : C’est cette démarche qui vous a séduit ?

Maxime : Cela et le fait qu’il y a des gens avec des profils très différents, de tous les âges, tous les parcours. Des actifs, des retraités, des jeunes… Beaucoup n’ont jamais fait de politique avant. Il y a beaucoup de petits comités qui se sont formés spontanément avec des gens de la société civile. C’est absolument dingue. Je n’avais jamais vu ça avant En Marche. Quand on parle d’Emmanuel Macron, on imagine des cadres diplômés sortant de Sciences Po. Dans la réalité, ce n’est pas du tout comme ça. Il n’y a pas du tout d’entre soi.

Clémence : On se focalise beaucoup sur Emmanuel Macron mais c’est aussi une mobilisation qui vient du bas.

Maxime : Il y a aussi beaucoup de jeunes qui ne s’étaient jamais engagé avant, ou d’autres qui étaient engagés à gauche comme à droite. On peut avoir des différences de points de vue mais on réfléchit ensemble et on trouve des idées communes.

« Voter par dépit ou ne pas voter, cela aurait été horrible pour moi », Maxime.

VR&EN : A l’époque on ne connaissait pas encore bien les idées d’Emmanuel Macron, ni même s’il serait candidat. En Marche Sciences Po Bordeaux aurait pu être mort-né.

Maxime : On avait déjà plus ou moins une idée du personnage. Il avait donné pas mal d’interviews fleuves où il développait sa vision sur l’Europe, du travail… On s’est dit qu’on allait participer pour voir ce que ça donne, et progressivement on va plus loin.

Clémence : On ne partait pas de rien. Il y avait eu de grands discours de politique générale, comme ceux d’Amiens ou de la Mutualité.

Maxime : Je me suis retrouvé dans une situation où je ne savais pas pour qui voter aux élections présidentielles. Voter par dépit ou ne pas voter, cela aurait été horrible pour moi. Alors oui, on ne savait pas s’il se présenterait ou non, mais il incarnait nos convictions. On s’est dit que si on pouvait faire en sorte que cela fonctionne, l’opportunité ne se représenterait pas deux fois. Et puis, il n’y avait rien à perdre non plus.

Les membres d'En Marche Sciences Po Bordeaux en visite à l'EHPAD Le Relais des Sens à Talence, avec Emmanuel Macron.
   Les membres d’En Marche Sciences Po Bordeaux en visite à l’EHPAD Le Relais des Sens à Talence, avec Emmanuel Macron.

VR&EN : La personnalité d’Emmanuel Macron a-t-elle beaucoup compté ?

Clémence : Ce que j’apprécie chez lui, c’est qu’il ne va pas chercher à adapter son discours pour plaire à ses interlocuteurs. Il a son projet et il le défend.

Maxime : Emmanuel Macron a mis de la lumière sur le mouvement. Sans lui personne n’aurait pu porter En Marche au niveau national. Le mouvement a été créé seulement en avril et on a déjà plus de 100 000 adhérents !

VR&EN : N’est-ce pas plus facile d’avoir 100 000 membres quand l’adhésion est gratuite et la double-adhésion possible ?

Maxime : Oui c’est vrai. Mais pour adhérer il y a toute une démarche en ligne en plusieurs étapes, les équipes vérifient aussi régulièrement la validité du compte. On sait qu’on a une base solide.

« J’avais envie de me sentir utile dans le mouvement auquel je participe », Oscar.

VR&EN : Oscar et Maxime, vous avez déjà milité au sein de partis politiques. Qu’est-ce qui change cette fois-ci ?

Oscar : Auparavant j’ai milité pour la droite, mais je ne m’y retrouvais plus. J’avais envie de me sentir utile dans le mouvement auquel je participe, et pas seulement faire du collage d’affiches et du porte-à-porte deux semaines avant l’élection. J’ai souvenir d’avoir fait beaucoup de tractage sur les marchés. Mais les gens en face ne veulent plus entendre parler des grands partis traditionnels.

Maxime : J’ai milité à gauche au sein du Parti Socialiste. Mais pendant les réunions, tout le monde écoutait sagement pendant deux heures. Sur une trentaine de militants, j’étais souvent le seul jeune, la moyenne d’âge tournait autour de 50 ans. C’est tout le contraire à En Marche. Il y a quelques jours, on a fait une réunion entre plusieurs comités à Bordeaux, sur le thème de la désinformation. On était tous répartis en petits groupes, et nous avons discuté pendant 1h30 en tentant de formuler des propositions.

« On veut montrer qu’il n’y a pas que Marine Le Pen qui puisse parler à tout le monde », Clémence.

VR&EN : Quels projets vous tiennent à cœur ?

Oscar : La culture et l’éducation.

Maxime : Pour l’éducation, Emmanuel Macron a un discours en termes d’opportunités. C’est quelque chose qui parle à tous, aux périurbains, à ceux des banlieues, à la France rurale… On a tendance à opposer les banlieues et les zones rurales et périurbaines. En réalité elles ont été toutes les deux un peu oubliées. Nous portons un discours d’une France plurielle, de la France comme projet. L’Europe aussi m’importe beaucoup.

Oscar : Harmoniser les fiscalités en Europe par exemple, pour éviter l’optimisation fiscale et la concurrence déloyale.

Maxime : Le rapport au travail aussi. Nous faisons le constat que le monde change, des métiers vont être détruits, d’autres créés. On veut protéger les individus plus que les statuts. Par exemple, pouvoir toucher des indemnités chômage si l’on démissionne, pour pouvoir ensuite créer sa propre entreprise par exemple, permettre aux gens d’innover, de ne plus subir un travail où l’on ne s’épanouit pas. Et je crois que cela parle à tout le monde. Ce n’est pas que le rêve des métropoles.

Clémence : Pendant les porte-à-portes on entendait toujours : « je n’attends plus rien de la politique ». Emmanuel Macron n’a pas toujours bonne réputation mais on veut montrer qu’il n’y a pas que Marine Le Pen qui puisse parler à tout le monde, qu’on peut toujours avoir foi en la politique pour changer des choses.

Maxime : Ce n’est pas un candidat puis des solutions. La France est aujourd’hui dans une situation extrêmement difficile, il y a une vraie défiance envers la politique. Si on ne change pas de méthode on va droit dans le mur.

VR&EN : Faisons l’hypothèse qu’Emmanuel Macron n’est pas élu Président de la République. Que devient votre association ?

Oscar : Je suis convaincu que ce n’est pas juste un programme pour une présidentielle. En Marche a vocation à rester dans le temps, à créer un vrai projet. Cela ne disparaîtra pas du jour au lendemain.

Propos recueillis par Aude Le Gentil

Nous publions également le mot du président d’En Marche Sciences Po Bordeaux, Gabriel Mallet:

 » Depuis le début de cette année où fût créée cette association, En Marche ! Sciences Po Bordeaux est passée d’une petite dizaine de membres à une petite trentaine. Au-delà de cette participation grandissante à ce projet politique construit par E. Macron, nous sommes allés à la rencontre d’associations et de personnes âgées notamment, afin de faire de la politique sous ses meilleurs aspects : par l’échange et la pédagogie.

Depuis plus d’un mois, E. Macron s’est porté candidat à la Présidence de la République, portant une philosophie politique horizontale, soucieuse des droits de l’homme et de la représentation d’un idéal par les possibilités du réel. Ce modèle se basant sur une approche concrète du réel a pour but de former un programme complet pensé en système, où toutes les propositions et mesures s’y relient et s’y entrecroisent de manière fluide et pragmatique. Il sera, par ailleurs, publié entièrement fin février.

C’est cela que nous portons : une approche concrète du réel prenant en compte nos valeurs (tels que le dialogue social, le droit de vivre dignement), débouchant sur une approche positive, de long terme. Certains nous décrirons de la gauche, certains de la droite, d’autres du centre : nous ne sommes pas définissables auprès d’une seule famille politique. Nous n’avons pas vocation à représenter une idéologie partisane ; nous voulons représenter la France, son projet qu’elle porte dans le monde, au sein de l’Union Européenne, seule garante de notre intégrité économique, sociale et prochainement militaire« .

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