Edito | Le mutisme catalan

Carles Puigdemont, le président de la région de Catalogne, lors de son discours devant le Parlement catalan

EDITO : En pleine actualité sur l’avenir de la Catalogne, Mattias, étudiant en FIFE, a pris sa plume pour nous livrer son analyse de la situation. Pour lui, il faut que le gouvernement accepte la main tendue par le gouvernement catalan et dialogue avec lui. 

 

Je n’ai pas les mots pour décrire les violences policières lors du référendum catalan mais j’ai bien quelques qualificatifs pour dépeindre ma réaction : stupeur, tristesse, rage. Sans aucun placement idéologique, c’est avec conviction que je reprendrai les mots de Pedro Sánchez (Secrétaire Général du PSOE) lors de son allocution suite aux événement du 1er octobre : « Hoy vivimos la crónica anunciada del fracaso de dos políticas », « Aujourd’hui, nous vivons la chronique annoncée de l’échec de deux politiques ».

Deux politiques diamétralement opposées, l’une centralisatrice face à l’autre indépendantiste. Deux motivations aux antipodes, l’une légaliste contre l’autre illégale mais se voulant légitime. Mais avant tout, deux politiques qui n’ont su s’entendre ni même s’écouter.

 

Un dialogue inexistant

C’est d’abord l’invalidation par le Tribunal Constitutionnel, à la demande du Parti Populaire, du nouveau statut catalan, en 2010, qui lança les hostilités. Artur Mas, l’ancien président de la Generalitat (institution gouvernante catalane), ouvre le bal de l’indépendantisme catalan du XXIème  siècle ; il appelle ses concitoyens « à la patience sur le chemin qui mène à la plénitude nationale ».

Depuis sa première élection en 2011, Mariano Rajoy (Premier Ministre espagnol), lui, répète continuellement la même chose : il ne réformera ni la constitution de 1978, ni les statuts d’autonomie des dix-sept communautés autonomes espagnoles. S’en suivi un débat de sourds entre les principaux acteurs de ce conflit interne ; Rajoy du côté espagnol, et Artur Mas puis Carles Puidgemont du côté catalan. Ne nous méprenons pas ; le référendum du 1er Octobre 2017 n’est pas une première. Déjà en 2014, la société civile catalane avait organisé une consultation populaire symbolique, à laquelle, malgré un très fort taux d’abstention, 80% des votants avaient voté en faveur de l’indépendance. « Ce qui a eu lieu n’est ni un référendum ni une consultation et n’aura aucun effet. », avait alors affirmé le Premier Ministre espagnol. Même réaction après le référendum de ce dimanche : « Il n’y a pas eu de référendum d’autodétermination. ».

 

Chercher un responsable

Les allocutions à la suite du référendum n’ont été qu’une suite d’accusations d’un camp à l’autre. Carles Puidgemont a dénoncé « l’acte honteux de l’Etat espagnol face à l’attitude exemplaire des Catalans ». Pour sa part, Mariano Rajoy a montré du doigt ceux qui étaient, selon lui, les uniques coupables : les promoteurs de ce plébiscite. Ne soyons pas manichéens.

Oui, le référendum était bien évidemment anticonstitutionnel, en opposition avec l’article 2 de la Constitution de 1978 (« La Constitution est fondée sur l’unité indissoluble de la nation espagnole, patrie commune et indivisible de tous les Espagnols »). Oui, la Generalitat a commis la faute grave de faire sortir la politique des institutions pour utiliser les masses et principalement la jeunesse. Oui, il y a eu des agressions de Guardias Civiles (gendarmerie espagnole) par des Indépendantistes. Non, Monsieur Rajoy, vous n’êtes pas exempt de toute responsabilité. C’est votre refus du débat qui a en grande partie mené à ce référendum. Laisser le temps régler ce problème était une erreur. Et c’est le manque de sang froid dont vous avez fait preuve ce dimanche qui galvanisera et radicalisera les aspirations de nombre de Catalans.

Vous êtes tombé dans le piège de Carles Puidgemont.

 

Apporter une solution politique

Le politique n’est pas le juriste. La politique n’est pas seulement la loi, mais c’est ce que l’on en fait. Refuser le dialogue en convoquant éternellement l’article 2 de la Constitution espagnole (qui garantit ‘l’unité indissoluble de la nation espagnole’) revient à ignorer une grande partie des Catalans. Au même titre que les responsables politiques de la Generalitat, Mariano Rajoy participe de la fracture de la société espagnole. Cessons l’hypocrisie ; il existe depuis de nombreuses années un enracinement nationaliste en Catalogne. Ouvrir la porte au dialogue ne remet en rien en cause l’Etat de Droit.

Pour citer une dernière fois Pedro Sánchez : « Tout premier ministre se doit d’anticiper les crises, et ne pas les alimenter ».

Mariano Rajoy doit apporter une solution politique.

 

Mattias Corrasco

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