Le cinéma nigérian, une mine d’or pour le Nigéria et l’Afrique

La 2ème rencontre du cinéma nigérian s’est tenue à Bordeaux du 27 au 29 septembre, en partenariat avec l’Institut des Afriques. Pendant 3 jours, des créations nigérianes étaient projetées et suivies de débats afin d’appréhender ce phénomène du cinéma nigérian, en pleine expansion.

Au total quatre films, dont trois pour les adultes et un pour le jeune public ont été présentés dans divers lieux de Bordeaux (UGC, Cinéma le Festival, Auditorium de Meriadeck…). Le Festival proposait aussi de découvrir la musique nigériane, la Naija, au bar La Tencha. Et le public était au rendez-vous dans les salles !

Kasala, Ema Edosio (2018)

Quatre jeunes amis empruntent, et emboutissent la voiture de l’oncle d’un des jeunes. C’est alors le début d’une course effrénée pour trouver 20 000 nairas afin de réparer la voiture. S’ensuivent 90 minutes de folie, de scènes cocasses, d’humour et d’action au cœur d’un quartier populaire de Lagos.

« Ce film est l’histoire d’amour entre Lagos et moi » Ema Edosio

L’image que nous avons de Lagos, est celle d’une ville violente, pauvre et peu attirante. La prouesse du film est de parvenir à nous faire saisir une autre réalité de Lagos, sa beauté hors norme. Les personnages sont hauts en couleur, touchants, animés par l’espoir. C’est grâce à cet espoir manifesté par la théâtralisation, voir la comédie humaine du film et de la vie que ces jeunes s’en sortent. Et c’est cela aussi qui rend «la ville belle et assimilable à une œuvre d’art », selon Ema Edosio.
Kasala, Ema Edosio (2018)

Le Nollywood, un cinéma en pleine expansion

Nollywood est la contraction de Nigéria et Hollywood. Cette industrie est parvenue à se faire une place de choix dans la production cinématographique. C’est en effet le deuxième plus gros producteur en nombre de films produits après Bollywood. En moyenne, ce sont 50 films qui sont produits chaque semaine au Nigéria.

Les films du cinéma nigérian sont de petites productions. Les budgets d’une production nigériane sont compris entre 25 et 70 000 euros par film d’après la BBC. En comparaison, les budgets d’une production Hollywoodienne sont d’environ 250 millions de dollars. Par exemple, le film Kasala de Ema Embrosio a été réalisé avec un budget de seulement 10 000 dollars, une prouesse ! La réalisatrice a ainsi dû s’adapter, faire du sur-mesure. Le tournage s’est réalisé en un temps très court, avec très peu de matériel, dans la rue et avec les habitants. Le cinéma nigérian fait en effet preuve d’un savoir-faire artisanal. Produits en moins d’un mois, les films sont rentables deux à trois semaines après leur sortie.

Amour, trahison ou vengeance, tels sont les thèmes auxquels s’intéresse le cinéma nigérian. Sans oublier la religion (guérison, miracle, conversion, vie spirituelle, etc.), tentant à la fois de divertir le spectateur et de convaincre le spectateur. Selon l’auteur Patrick Ebewo, la popularité des films nigérians tient non seulement à leurs faibles coûts, mais également à leurs « thèmes autochtones dans lequel le grand public se reconnaît ». Aujourd’hui, les films nigérians traitent des sujets diversifiés tout en se professionnalisant davantage pour répondre aux attentes d’un public plus exigeant et mature. Associant scénarios africains et technologie occidentale, « ces films décrivent et recréent des événements culturels et socio-politiques », explique M. Ebewo.

Une opportunité pour l’Afrique 

D’après l’ancien Directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), Koïchiro Matsuura « la production vidéo et cinématographique montre comment les industries culturelles, porteuses d’identité, de valeurs et de sens, peuvent mener au dialogue et à l’entente entre les peuples et également à la croissance et au développement économiques ».

Et pour cause, l’industrie du cinéma est la deuxième source d’emplois au Nigéria avec plus d’un million de personnes employées dans le secteur, dans un pays où le chômage avoisine les 50%. Avec un chiffre d’affaire grimpant à 590 millions de dollars par an, cette industrie est une incroyable opportunité pour le Nigéria, et plus globalement pour l’Afrique.

La Banque Mondiale pousse d’ailleurs le gouvernement à soutenir cette filière. Secteur développé sans l’aide du service public, une meilleure gestion de celui-ci permettrait de créer davantage d’emplois.

C’est aussi l’occasion de promouvoir une autre image de l’Afrique, loin des préjugés et des idées de dépendance économique. Malgré la corruption, les tensions ethniques, le crime organisé et l’intégrisme religieux (rien que ça), le Nigéria, pays le plus peuplé d’Afrique, avec ses 186 millions d’habitants, s’est forgé une réputation internationale grâce à l’essor de sa production cinématrographique. Le film d’Emma Embosio par exemple, dresse un portrait touchant des quatre personnages principaux, et de Lagos, ville pourtant victime d’une très mauvaise réputation.

Mais tout n’est pas rose pour Nollywood ! Les films du Nollywood sont grandement victimes de piratage, facilité par un support quasi exclusivement video : VHS, VCD, DVD. Si cela a permis la diffusion accélérée de ce cinéma, aujourd’hui, cela plombe les recettes dégagées et les effets positifs. La distribution et le financement se compliquent aussi. A cause de la hausse des coûts, les cinéastes nigérians se tournent de plus en plus vers d’autres pays africains, comme le Ghana.

Un cinéma qui s’exporte de plus en plus

Les autres pays d’Afrique sont particulièrement friands des films de Nollywood puisqu’ils s’identifient et se reconnaissent dans leurs histoires. Avec la diaspora nigériane et africaine, l’Europe est devenue un consommateur important des films Nollywoodiens qui s’exportent sur Internet, par le biais du streaming et des géants locaux (Iroko TV) et internationaux (Netflix). Et, les films nigérians sont de plus en plus appréciés et valorisés à l’étranger, gagnant en visibilité lors des festivals comme à Bordeaux, mais aussi en légitimité, en étant diffusés dans les festivals internationaux comme Sundance.

Related posts:

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*