La tragédie du Yémen

Comprendre le conflit au Yémen

Le conflit au Yémen c’est la « guerre occultée » avait titré le Monde en août 2017. Pourtant, la situation devient dramatique et force est de constater qu’on en parle de plus en plus. Alors que se passe-t-il dans ce pays situé à la pointe de la péninsule arabique ? A quoi font référence les images effroyables que l’on a pu voir récemment à la une du New York Times ? Retour sur un conflit pas toujours facile à comprendre et qui pourtant fait rage au Moyen-Orient.

Révolution populaire

En 2011, c’est la période des printemps arabes au Moyen-Orient. Le Yémen aussi est secoué par des manifestations populaires. Sous la pression, le président Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis 34 ans, est forcé de quitter son poste. C’est son vice président Abdrabbo Mansour Hadi qui lui succède alors en février 2012. Il entame un processus de transition politique pacifique mais, au bout de deux ans, il est complètement bloqué.

C’est alors qu’un mouvement armé issu du Nord du Pays, les rebelles houthistes, prennent le contrôle de la capitale Sanaa, à partir de septembre 2014. Puis très vite, avec l’aide de militaires fidèles à l’ex-président Saleh, les rebelles s’emparent de la quasi totalité du pays et menacent Aden, le grand port du Sud. En 2015, le président Hadi est alors forcé à l’exil. L’Arabie Saoudite, qui craint l’alliance soudée par son rival l’Iran, avec les rebelles houthistes chiites (courant minoritaire de l’islam), décide d’intervenir militairement. Le roi Salmane, et maintenant son fils Mohammed Ben Salmane, entendent ainsi contrer l’influence croissante de l’Iran au Moyen-Orient.

« Tempête décisive »

Cette opération militaire, appelée «Tempête décisive », rassemble une coalition de pays sunnites (le courant majoritaire de l’islam) tels que le Maroc, l’Egypte et d’autres, derrière l’Arabie Saoudite. Objectif affiché : défendre le pouvoir légitime de Hadi contre les tentatives de prise de pouvoir des milices houthistes au Yémen. Une résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU appuie cette intervention et les USA apporte des renseignements ainsi qu’une aide logistique.

Problème : l’intervention saoudienne, qui ne devait durer que quelques semaines, s’enlise. L’Arabie Saoudite bombarde depuis les airs avec peu de troupes au sol. Au Nord, les houthistes contrôlent le pouvoir. Au Sud, les zones libres sont divisées et violentes : un fort mouvement séparatiste rivalise avec le gouvernement en exil.

Une crise humanitaire de grande ampleur

Au delà des rivalités entre rebelles et gouvernement en exil, entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, la population yéménite subit de plein fouet ce qui se révèle être l’une des pires crises humanitaires de la décennie… A cause des combats, ce sont des centaines de milliers de civils qui sont tués : si les estimations de l’ONU en août 2016 étaient de 10 000 morts civils, les estimations indépendantes pensent que le chiffre n’a cessé de gonfler pour atteindre aujourd’hui près de 50 000 yéménites tués par les combats.

Mais on estime que l’effondrement de l’Etat tue encore plus que la guerre. Une économie de guerre s’est implantée avec la mise en place de trafics en tout genre et les prix qui flambent. De plus, l’aide humanitaire et le commerce sont gênés par le blocus partiel imposé par la coalition au premier port du pays : Hodeïda, tenu par les houthistes. C’est une véritable catastrophe quand on sait que ce pays, l’un des plus pauvres du Moyen-Orient, importait déjà 90% de sa nourriture et de ses médicaments avant la guerre. Le résultat : l’ONU estime que 8 millions de personnes seraient menacées par la famine. D’où les terribles images que l’on a pu voir dans le New York Times.

Il y a déjà eu 3 cycles de négociations entre les rebelles et le gouvernement exilé, mais la situation semble bloquée. L’ONU met en garde contre une catastrophe humanitaire. Aujourd’hui, des critiques sont aussi adressées à l’Europe qui continue de livrer des armes à Riyad.

 

 

Sarah Dumeau

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