La revue de presse d’Heur’Asie #1: 19e Congrès du Parti Communiste Chinois, la Chine entre dans une nouvelle ère

Cette semaine est le début d’une longue série : l’association de l’IEP Heur’Asie, en collaboration avec Vin Rouge et Encre Noire, vous présente une revue de presse pour être au top sur l’actualité asiatique. Pour cette première, un thème bien précis : le 19ème congrès du Parti Communiste Chinois (PCC).

 

Ce mercredi 18 Octobre s’est ouvert le 19ème Congrès du Parti Communiste Chinois (PCC). Le 18ème Congrès avait mis à la tête de la République Populaire de Chine son actuel leader, Xi Jinping, qui gouverne depuis maintenant 5 ans.

 

À l’inverse de ses prédécesseurs Hu Jintao et Jiang Zemin, « qui n’avaient pas sa stature », Xi Jinping s’est révélé être un leader politique ambitieux, notamment en politique interne. Il s’est fait connaître pour sa campagne anti-corruption menée dès son arrivée au pouvoir en 2012, mais aussi plus récemment pour vouloir mener à bien des projets économiques majeurs (tel qu’une nouvelle « Route de la Soie »), et culturels avec la mise en avant récurrente du concept du « Rêve chinois ». Il assure vouloir faire advenir « la reconnaissance nationale » chinoise, et redonner à la Chine un rôle incontournable dans les affaires internationales. Ainsi, si son premier mandat apparaît s’être focalisé sur la consolidation de son pouvoir en interne, il semble que le second ait pour guide la place de la Chine dans le monde et la consolidation économique. En effet, au terme de ce nouveau congrès qui durera une semaine, il sera certainement reconduit pour un nouveau mandat, et les instances dirigeantes du parti seront renouvelées. Lors de son discours d’ouverture du Congrès,  Xi Jinping s’est réjoui de l’entrée de la Chine dans une « nouvelle ère », au regard de son rapide développement économique. Cette nouvelle ère sera selon lui sera caractérisée par l’avènement en 2020 de la « société de petite prospérité » (société dans laquelle une véritable classe moyenne aura émergée et serait majoritaire); mais aussi par l’avènement en 2049 (date d’anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine) d’un « pays socialiste moderne, prospère et puissant », le « rêve chinois » se sera matérialisé. Dans ce discours d’ouverture, Xi Jinping a défendu l’idée de renforcer le « socialisme à caractéristiques chinoises », insistant sur le renforcement de l’autorité du parti, l’ouverture économique au monde, et la mise en place d’un nouvel ordre mondiale ou la Chine serait une puissance incontournable.

Contrôler pour développer 

Pour atteindre ce double objectif (de « petite prospérité » en 2020 et d’avènement du « rêve chinois » en 2049), Xi Jinping a fait savoir qu’il allait et qu’il fallait selon lui renforcer l’autorité du Parti, ce qui s’inscrit dans la continuation de son premier mandat. Évoquant un proverbe chinois (« il faut de bons forgerons pour produite un acier solide »), il a martelé qu’il fallait « s’opposer résolument à toutes les déclarations et les actions qui visent à mettre en question, à déformer, ou nier le système socialiste chinois ou la direction du parti ». Il a donc justifié l’intensification de la surveillance au sein du parti mais aussi sur la population par la nécessité de consolider le développement chinois. L’idée que le développement chinois pourra se maintenir autour du et grâce à l’autorité du parti a été très présente tout au long de son discours. Il a aussi fait référence à sa campagne anti-corruption, menée par Mr. Wang, actuel dirigeant du Comité disciplinaire central.  Bien que souvent associée à une « purge » par les médias occidentaux, cette campagne a été soutenue par les citoyens Chinois qui y ont vu un geste fort contre les pratiques douteuses largement répandues au sein du parti communiste qui regroupe près de 89 millions de membres. Xi Jinping a rappelé son désir d’en finir avec la corruption, en insistant sur le fait que « la corruption était la principale menace pour [le] parti », et que son devoir était donc de la combattre. Toutefois, le renforcement de l’autorité politique du parti ne serait être suffisante pour atteindre « le rêve chinois ». La Chine en effet a bien des défis à relever, notamment en matière économique.

Le développement économique et la question de l’ouverture au monde

Xi Jinping a affirmé dans son discours que l’économie chinoise « ne va pas fermer ses portes au monde », mais au contraire « s’ouvrir encore davantage ». Il s’est engagé ce mercredi 18 Octobre à « développer un nouveau modèle commercial et industriel ». Toutefois, ces engagements soulèvent déjà le scepticisme de la part de certains partenaires commerciaux (notamment les Etats-Unis et l’Europe). Déjà, en janvier 2017, devant le Forum économique mondial, à Davos, le président chinois avait surpris en se faisant le chantre de la mondialisation et de ses bienfaits, assurant que la Chine « garderait ses portes grandes ouvertes » face aux apparentes tentations protectionnistes des Etats-Unis, et il avait souligné à cette occasion que les entreprises étrangères seraient considérées sur un pied d’égalité avec les entreprises chinoises. Cependant, ces paroles ne se sont pas traduites par des actes. En effet, en Chine, l’accès à plusieurs secteurs est interdit aux firmes étrangères, et dans d’autres elles doivent impérativement s’associer en contre partie avec un partenaire local, étant forcées à des transferts technologiques pour pouvoir travailler en Chine. S’il est compréhensible pour la Chine de se protéger de la concurrence étrangère dans le but de développer et de consolider son économie, en permettant notamment l’augmentation de sa productivité, elle ne peut se permettre dorénavant d’ignorer son poids en matière économique et les responsabilités qui en découlent : la Chine ne peut agir comme si elle était extérieure au système dont elle tire profit. Il en est de même pour sa monnaie (le RMB), qui doit assumer son rôle de monnaie internationale, appuyant de fait les exigences chinoises de reconnaissances sur la scène politique internationale.

La position de la Chine sur la scène internationale 

En matière de politique étrangère, Xi Jinping a fait référence à son projet de nouvel ordre mondial, fondé sur le concept d’harmonie entre les nations, qui de fait est un potentiel rival à l’ordre international américain fondé sur le principe d’universalité. Il s’est alors exprimé en ces termes : « Nous appelons les gens de tous les pays à construire une communauté de destin commun de l’humanité à l’aide d’efforts conjoints… Nous devons nous respecter les uns les autres et mener des consultations sur un pied d’égalité ». Si ce principe d’harmonie est le guide normatif de la politique étrangère chinoise, Xi Jinping a aussi rappelé « la détermination ferme de renoncer à la mentalité de la guerre froide et à la politique de la force », faisant ainsi une double référence à l’exclusion qu’à subit la Chine dans l’élaboration de l’ordre mondial après la Seconde Guerre mondiale, mais aussi au « siècle de l’humiliation » qu’a connu la Chine au XIXème siècle sous la domination européenne (ouverture économique forcée et subordination politique). Xi Jinping entend ainsi permettre « la renaissance nationale », soit faire reconnaître et respecter la Chine à l’international en tant que grande

Puissance. Si certains analystes craignent une Chine puissante et dénoncent un impérialisme non-avoué, d’autres soulignent qu’elle ne fait juste que reprendre la place qu’elle a occupée pendant près de deux mille ans avant les invasions européennes. 

 

Pour info’ : Le point technique 

Qu’est-ce que le Congrès du Parti Communiste Chinois et comment fonctionne-t-il ?

Le Congrès du Parti Communiste Chinois est organisé tous les 5 ans au sein du Palais du Peuple sur la place Tiananmen à Pékin. Le congrès constitue véritablement le cœur de la vie politique chinoise, puisque qu’il permet de renouveler les instances dirigeantes du parti unique (regroupant 89 millions de membres) qui gouverne la Chine. Plus encore, il permet de dresser un bilan du mandat qui vient de se terminer, et de présenter le projet et les nouveaux objectifs du suivant.

Instances dirigeantes du PCC

  • Le dirigeant est le secrétaire général et le président de la République populaire de Chine. Doté d’un mandat de 5 ans, il est notamment à la tête du comité permanent
  • Le Comité permanent est composé de 7 membres désignés
  • Le Bureau politique est composé de 25 membres désignés
  • Le Comité central est composé de 205 membres élus

Un des objectifs du Congrès est le renouvellement générationnel : Xi Jinping est issu de la cinquième génération, mais on suppose que plus de la moitié des membres du comité central sortant du 19ème congrès sera issue de la 6ème génération (depuis 1949)

Déroulement du Congrès 

  • Lecture par le dirigeant actuel du rapport d’activité du comité central sortant, qui énonce de manière consensuelle et formalisée les étapes du mandat écoulé
  • Renouvellement des instances dirigeantes :

Élection des 205 membres du Comité central et de leurs 171 suppléants par les 2 280 délégués issus d’une quarantaine de circonscription électorales (provinces, armée, police et sociétés d’État)

Désignation du Bureau politique, du Comité permanent, de la Commission disciplinaire centrale du partie (responsable de la lutte anti-corruption) et de la Commission militaire centrale par le nouveau Comité central

3 règles pour la désignation des membres du Comité permanent (selon Alice Miller) :

  • Limite d’âge de 68 ans : l’allié principal de Xi Jinping, Mr. Wang, chef de la Commission disciplinaire centrale, a 69 ans et devrait prendre sa retraite ; Xi Jinping en 2022 aura 69 ans en 2022, va-t-il transformer cette limite d’âge pour prétendre à un troisième mandat et maintenir son bras droit en poste ?
  • Passage préalable par le Bureau politique (seulement cette règle ne s’applique pas toujours : Xi Jinping est directement passé au Comité permanent en 2007)
  • L’ancienneté 

L’équipe d’Heur’Asie Sciences Po Bordeaux14484884_647795442054232_2050152763288379840_n

 

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