La crise diplomatique en Arabie Saoudite : décryptage

 

Vous l’avez sans doute vu, lu et entendu : l’Arabie Saoudite est en train de subir une crise diplomatique de grande ampleur. Le journaliste saoudien Jamal Khashoggi, considéré comme « dissident » vis-à-vis du régime, a été retrouvé mort le 2 octobre dans les locaux du consulat de son pays, à Istanbul. Riyad a officiellement reconnu la mort du journaliste ce samedi 20 octobre après l’avoir nié. Certains observateurs affirment qu’il s’agit de la crise diplomatique la plus grave à laquelle soit confrontée l’Arabie Saoudite depuis 2001 puisque celle-ci « va au delà de sa relation avec les Etats-Unis ». Décryptage. 

Un journaliste « dissident » 

Initialement proche du prince héritier actuellement à la tête de l’Arabie Saoudite, Mohammed ben Salmane, qu’il perçoit d’abord comme un réformateur, Jamal Khashoggi finit par se détourner de lui. Il est alors puni, en décembre 2016, pour avoir ouvertement critiqué Donald Trump et est exclu de l’exercice de son métier. En septembre 2017, il s’exile aux Etats-Unis où il travaille pour le Washington Post dans lequel il n’hésite plus à s’opposer ouvertement au prince héritier. 

Mohammed ben Salmane a d’abord été vu comme un réformateur : il a entre autre fait grand bruit en autorisant les femmes saoudiennes à conduire. Aujourd’hui, il paraît de plus en plus évident qu’il ne s’agissait que d’une habile campagne de communication visant à faire passer l’Arabie Saoudite pour un pays « moderne » et « ouvert sur l’Occident ». En effet, il mène en parallèle une répression brutale : il a fait emprisonner de nombreux militants des droits civiques, notamment des droits des femmes et l’Arabie Saoudite continue à alimenter le conflit au Yémen qui provoque une très grave crise humanitaire… 

La mort brutale et suspecte de ce journaliste a mis en lumière les agissements du régime saoudien et a permis de rompre le mythe d’un prince héritier qui voudrait bousculer l’ordre établi. 

Des conséquences diplomatiques désastreuses 

Le régime saoudien a d’abord affirmé que Jamal Khashoggi avait quitté le consulat par la porte arrière avant d’admettre, au bout de 18 jours, que celui-ci était mort dans le cadre d’une « bagarre aux poings qui aurait mal tourné ». Il a ensuite été question d’un étranglement « accidentel ». Le ministre des affaires étrangères saoudien, Adel Al-Joubeir, a parlé dimanche d’une « énorme et grave erreur commise à l’insu de Mohammed ben Salmane ». 

Si cette version apparaît peu crédible, l’état des relations entre la puissance pétrolière et le reste du monde est telle que les autres pays doivent se montrer diplomates. 

C’est notamment le cas des Etats-Unis et de l’administration Trump, qui mise gros : un contrat d’armement de 110 milliards de dollars serait en jeu. Le président Donald Trump a donc commencé par chercher une sortie de crise qui permettrait d’exonérer Mohammed ben Salmane. Il a d’abord jugé « crédibles » les explications saoudiennes puis le 18 octobre dernier il a refusé de se prononcer, twittant que lui et le secrétaire d’Etat Mike Pompeo attendaient les résultats des investigations saoudiennes et turques. 

Il a cependant changé de ton samedi, affirmant qu’il y avait eu « tromperies et mensonges ».

L’Europe, malgré ses intérêts économiques en Arabie Saoudite, a directement adopté une position plus ferme. La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont demandé des « éclaircissements » et ont rejeté la version saoudienne. La chancelière allemande a évoqué le blocage des ventes d’armes à ce pays. 

Les conséquences diplomatiques de cette crise se font déjà sentir. En effet, le forum économique de Riyad surnommé « Davos du désert » devait s’ouvrir ce mardi 23 octobre en Arabie Saoudite. Beaucoup d’entreprises ont choisi de le boycotter, notamment l’entreprise française EDF, et de nombreuses personnalités politiques qui étaient attendues ne se déplaceront pas. 

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a promis de révéler toute la vérité sur le meurtre de Jamal Khashoggi lors de son audition prévue devant le Parlement d’Ankara. Si sa version confirme l’hypothèse d’une macabre exécution du journaliste par les autorités saoudiennes, la position de Donald Trump ne pourra plus être tenable. Affaire à suivre donc. 

Sarah Dumeau 

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