La Corée du Nord : quelle actualité ?

Si la Corée du Nord et la question d’une réunification avec la Corée du Sud a été au centre de l’actualité mondiale lors de la crise de l’été 2017, il semble qu’aujourd’hui la situation économique et politique de la péninsule soit passée au second plan, éclipsée entre autres par les nouvelles tensions entre la Chine et les États-Unis. 

C’est notamment lorsque le régime de Kim Jong-un avait fait la démonstration de ses fusées, entraînant une escalade verbale avec le président américain Donald Trump, que les médias du monde entier s’étaient tournés avec inquiétude vers cette région de l’Asie.

 Cependant, suite aux négociations tenues entre les dirigeants Nord et Sud-Coréens et le Président Américain, suivies du rapprochement diplomatique entre les deux Corées grâce aux J-O d’hiver de Pyeongchang, ces tensions donnent l’impression de s’être atténuées, (voire définitivement réglées ?). Ce sentiment d’apaisement fait le jeu du Président Américain, pour qui la « paix coréenne » serait un succès diplomatique à mettre à son crédit.

Mais en quoi consiste concrètement cette paix coréenne ? Quelles questions ont été réglées au cours des négociations entre les différents leaders ? Et surtout, de quelle manière la situation devrait-elle évoluer à présent dans la région ? Pour répondre à ces questions, nous allons nous pencher sur la situation en l’analysant point par point.

Le nucléaire et la menace d’un conflit :

> La question du nucléaire Nord-Coréen : si Kim Jong-un a accepté de signer un document faisant mention d’une « dénucléarisation complète de la péninsule coréenne », le programme nucléaire Nord-Coréen ne fera concrètement l’objet d’aucune nouvelle inspection ou obligation précise de la part des organismes de contrôle internationaux (type AIEA). La région asiatique et le reste du monde vont donc devoir s’habituer à l’existence d’une nouvelle puissance nucléaire, la Corée du Nord. 

> Cependant, il est très peu probable que le régime se serve effectivement de sa nouvelle arme : le sous-directeur adjoint en charge de la Corée du Nord à la CIA, Yong Suk Lee, écrivait dans un rapport que « Kim Jong-un est une personne rationnelle […] Il veut gouverner pendant très longtemps et mourir dans son lit ». Le dirigeant Nord-Coréen est avant tout désireux de sanctuariser son régime et d’éviter une intervention étrangère pouvant aboutir à sa destitution (comme ce fut le cas dans la Libye de Kadhafi ou l’Irak de Saddam Hussein). En cela, la menace d’une riposte nucléaire serait un excellent moyen de préserver le statu quo en place depuis la fin de la guerre de Corée en 1953.

  • La paix coréenne repose avant tout sur un équilibre des forces en Corée, une situation symbolisée par la DMZ, cette zone tampon entre les deux Etats ou les armées se font face depuis des dizaines d’années. Puisque la solution militaire au conflit peut être définitivement écartée, quelle place est laissée à la réunification coréenne dans ce climat ?

La réunification de la péninsule et ses obstacles :

Le projet d’unification coréenne est aussi vieux que la division de la péninsule en deux États distincts. Les récents pourparlers entre dirigeants nord et sud-coréens laissent entrevoir une possibilité d’entente à ce sujet. Mais qu’en est-il de l’opinion publique à ce sujet, en particulier chez les sud-coréens ? 

> Le projet d’unification est loin de faire l’unanimité, notamment chez les jeunes générations. Le problème est que si les Coréens du Sud sont prêts à se reconnaître une parenté avec leurs voisins du Nord, ils n’acceptent pas forcément l’idée de devoir payer un supplément d’impôt nécessaire pour financer la réunification (comme le montrent les rapports annuels de l’université nationale de Séoul à ce sujet). De même, diverses questions, comme celle de l’éventualité d’un retrait des troupes américaines stationnées dans le pays, continuent d’opposer la gauche aux conservateurs. 

> Étonnamment, la culture pourrait être un obstacle à un rapprochement Nord/Sud : même si les deux pays possèdent une histoire et une langue commune, beaucoup de réfugiés nord-coréens font part de leurs difficultés à s’intégrer en Corée du Sud, notamment à cause de leur accent ou du manque de références culturelles communes.

« Booster » l’économie coréenne, une motivation pour la réunification ?

> C’est probablement au niveau économique que l’on devrait percevoir une ouverture de la Corée du Nord. Derrière son image de démocratie populaire, socialiste et auto-suffisante, cela fait en réalité longtemps que l’économie de l’État-ermite s’est tournée vers l’export : export de ses minerais (fer, anthracite) mais aussi de sa main d’œuvre : on estime que plusieurs dizaines de milliers de travailleurs Nord-Coréens sont actuellement employés dans des pays étrangers, comme au Qatar, en Libye, voir en Pologne ou à Malte (ces derniers cas ayant été pointés du doigt par l’ONG « Alliance européenne pour les droits de l’homme en Corée du Nord »). 

Or toutes ces exportations sont rendues difficiles par l’existence des sanctions internationales qui frappent le pays. En collaborant avec sa voisine du Sud, la Corée du Nord pourrait non seulement contourner en grande partie ces sanctions, mais aussi surmonter les faiblesses de son économie, en particulier ses déficiences dans le domaine de l’agriculture qui sont la cause de nombreuses famines qui touchent le pays depuis les années 1990. 

>Du côté Sud, les grandes entreprises coréennes auraient tout intérêt à faire irruption sur le marché très fermé de la Corée du Nord, voir à racheter les quelques grands groupes Nord-Coréens déjà existants (Daesong, Pugang…). 

Une ouverture économique a en réalité déjà débutée, comme en témoigne l’ouverture en 2002 de la « Région administrative spéciale de Sinuiju ».

  • Une situation tributaire de la volonté des grandes puissances : un statut-quo parti pour durer ? 

Il y a donc peu d’espoir pour une réunification totale et immédiate de la Corée. Les réunions entre dirigeants nord-coréens, américains et sud-coréens n’ont finalement réussi qu’à préserver le statu quo dans la péninsule. C’est probablement parce que le concept de réunification a perdu de sa substance, de son attractivité au fil du temps qu’il n’est même plus considéré aujourd’hui comme une priorité : non seulement la population et en particulier les jeunes se sont habitués au système à deux Etats, mais les différents dirigeants politiques ne parviennent pas à se mettre d’accord sur la forme que devrait prendre cette réunification. Et surtout, le processus n’ira pas plus loin tant que les deux grandes puissances qui possèdent des intérêts dans la région ne s’assiéront pas l’une en face de l’autre à la table des négociations. On estime que le régime nord-coréen exporte 48 % de sa production en Chine ; de son côté, la Corée du Sud est largement dépendante de son premier partenaire commercial (et militaire), les États-Unis : aucun des deux pays ne peut, pour le moment, s’affranchir totalement de l’influence des grandes puissances. La réunification de la péninsule coréenne doit donc faire l’objet d’un consensus au sein de la population, mais également coïncider avec les intérêts de la Chine et des États-Unis ; dans le contexte actuel de guerre économique entre les deux grandes nations, cela semble de moins en moins possible.

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