Interview avec José Rodrigues dos Santos, la star de l’information publique portugaise

Présentateur du Journal Télévisé de la principale chaîne publique portugaise RTP depuis 1991, José Rodrigues dos Santos était à Sciences Po pour donner une conférence en portugais sur les médias. Vin Rouge & Encre Noire y était (bon j’avoue, on n’a pas tout compris) et a pu poser quelques questions (en français car à part Bom Dia, notre portugais s’arrête là) au « David Pujadas portugais ».

 

Quelles sont les principales différences entre les journaux télévisés portugais et français ?

Ils sont très similaires en fait. Il y a peut-être plus de moyens économiques en France car l’économie est plus forte mais quand on regarde le contenu, les journaux télévisés français et portugais sont très semblables. La seule différence que je pourrais trouver est la taille des studios : ils sont plus grands chez nous. Mais cela reste une question d’image. Il y a de plus grandes divergences lorsque l’on compare avec les journaux espagnols ou italiens.

Commence-t-il à 20 heures comme en France ?

Oui exactement. Par contre, il est plus long car il dure une heure au Portugal. Sur certaines chaînes privées, il peut même durer jusqu’à une heure et demie alors qu’on est à 35-40 minutes en France. Mais quand on regarde la façon de travailler, de faire des reportages, c’est exactement la même chose.

L’arrivée des chaînes d’info en continu a-t-elle modifié votre façon de travailler, de raconter l’information ?

Oui évidemment, car cela change ce que le public conçoit comme une information nouvelle. Il y a tout de même une grosse différence puisque sur une chaîne d’information, le public arrive sur une chaîne, il reste un peu puis il va voir ailleurs donc on peut répéter les informations. Sur notre 20 heures, c’est un moment un peu plus religieux, les gens regardent ça en dînant et donc on peut montrer tout ce qu’il s’est passé dans une journée.

Malgré cela, le journal reste-t-il un moment qui rassemble de nombreux téléspectateurs ?

Pour une raison que j’ai du mal à comprendre, les audiences du journal télévisé au Portugal sont très élevées. C’est pour cela que le journal dure plus longtemps. Les téléspectateurs partent dès que le journal est terminé donc il dure une heure, voire une heure et demie. Les Portugais aiment écouter les nouvelles à la télévision.

 

« Les gouvernements socialistes comme libéraux ont tous voulu contrôler le journal public ».

 

En tant que directeur de l’information de la télévision publique, vous avez travaillé avec les gouvernements socialistes et les libéraux. Avez-vous ressenti une différence ?

Les deux voulaient contrôler le journal public mais je pense que les libéraux étaient plus directs quand les socialistes étaient un peu plus souples. Mais au final, les pressions étaient les mêmes. Il y a beaucoup de façons de faire : des déclarations publiques, parler avec l’administration de la chaîne (elle-même nommée par le pouvoir) et se plaindre des choix éditoriaux… En tant que directeur de l’information, ma responsabilité est de défendre la rédaction des pressions externes. Si un directeur ne fait pas ça, il manque à ses devoirs.

Avez-vous ressenti directement des pressions ?

Non, jamais directement. J’en ai déjà eu mais par l’administration. Comme je suis connu au Portugal, le pouvoir a peur de parler avec moi donc si je dis au public qu’un responsable politique m’a téléphoné pour me faire des critiques, ce serait très embarrassant pour lui. La pression passe par la personne du management de la chaîne car ils sont nommés par le gouvernement donc ils sont du même parti. Puis, l’administration me rapporte les plaintes et je donne des explications. En général, les personnes à l’origine de ces pressions n’ont pas raison. En fait, elles voudraient que l’on soit indépendant, à condition de ne pas les gêner (rires).

La crise financière a-t-elle affecté le service public ?

Il y a déjà dix ans, bien avant la crise, le service public était déjà en changement budgétaire donc il n’y a pas eu d’impact. On était préparé pour faire face à cette situation. On a coupé les salaires au Portugal dans tous les secteurs publics donc cela nous a affecté. Mais à part cela, il y a peu de changement. Les journalistes de la télévision publique grecque ont été confronté à de biens plus gros problèmes.

 

Propos recueillis par Marianne Chenou et Paul Gratian

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