Gilets-Jaunes : Acte I (01/12)

Puisqu’il est à cette heure très difficile d’avoir des images et des informations sur ce qu’il s’est passé hier à Bordeaux lors de la manifestation des #GiletsJaunes, nous pouvons ici vous en faire un bref récit, avec nos images (en vous épargnant les plus violentes ou les plus sanguinolentes, que vous trouverez ailleurs).

– 15H : Deux rassemblements étaient prévus hier : celui des Gilets Jaunes, place de la Bourse, et celui des syndicats et organisations politiques, Place de la Victoire. Énormément de monde place de la Bourse, un peu moins à la Victoire.

– 15H45 : les deux cortèges finissent par se rejoindre Place Pey-Berland, devant l’Hôtel de Ville. Partout, on entend « Tous ensemble, tous ensemble ! ». Très bonne ambiance, pas de signe de l’extrême-droite.

– 16H : Face à la foule de plusieurs milliers de personnes (familles, retraité.e.s, jeunes, avec gilet jaune ou non) se dresse un mur de policiers, avec boucliers et casques.
Immédiatement après le début du rassemblement, les premières grenades lacrymogènes sont lancées. Très vite on suffoque, énorme surprise pour tou.te.s celles et ceux pour qui c’est la première manifestation. Grande solidarité, on se couvre, on se prête du sérum physiologique.

– 16H30 : Les premières pluies de grenades n’ont pas effrayé les Gilets Jaunes, qui reviennent aux abords du barrage policier, les mains en l’air, sous les cris « La police avec nous ! ».
Nouvelle pluie de grenades, plus massive. À présent tout le monde est pris dans le nuage de gaz. Certain.e.s entrent dans la cathédrale pour pouvoir respirer.
La police tire par dessus la cathédrale, touchant ainsi celles et ceux qui pensaient être protégé.e.s, effrayé.e.s.

– 16H45 : Étonnement, personne ne part, ou très peu. À partir de cet instant, ce sera une pluie ininterrompue de grenades, qui de mouvement de foule en mouvement de foule, ne se décidera pas les manifestant.e.s à se disperser. On chante « Apéro chez Juppé ! »

– 17H30 : La police tire maintenant massivement au flashball sur les premiers rangs de manifestant.e.s. De nombreux.ses blessé.e.s, de nombreuses balles perdues.
Un homme reçoit un tir dans la joue, il saigne beaucoup, sa joue tombe, totalement ouverte. Les pompiers arrivent rapidement, sous les applaudissements. Un couloir se forme pour les laisser passer. Ils mettent beaucoup de temps à accéder à la victime, leur camion « déjà plein de blessé.e.s ». Pendant ce temps, la Marseillaise retentit, devant les caméras de l’AFP. Quand ils parviennent au blessé, ils commencent la prise en charge, puis reçoivent soudain une pluie de grenades fumigènes. Mouvement de foule, on tente tant bien que mal de les évacuer jusqu’à leur camion, sous les tirs.

– 18H : Un homme est immédiatement évacué : une grenade lui a explosé la main.
On l’aide à ramasser ses doigts, éparpillés sur le sol. Scène terrible, difficile à imaginer sans y avoir assisté.
Les policiers, derrière les grilles de l’Hôtel de Ville, rient et crient « touché ! » quand ils atteignent un manifestant.

– 18H30 : La nuit tombe, mais personne ne part. Il pleut abondamment. Les tirs de grenades et de flashball continuent. Les gens se protègent maintenant. On aide un homme âgé blessé par un tir de flashball qui ne parvient plus à marcher. Un feu est formé au milieu de la place.

– 19H30 : Les policiers lancent une charge massive. On panique. Tout le monde court, effrayé.

– 20H : Les derniers Gilets Jaunes se sont rassemblés Cours Alsace-Lorraine. Ils sont poursuivis par les policiers qui n’ont pas arrêté les tirs. Scène surréaliste au croisement avec la rue Sainte Catherine, un épais nuage de fumée lacrymogène ne permettant pas de voir où sont les policiers. Un passant reçoit une balle (perdue ?) de flashball dans la poitrine. Beaucoup de passant.e.s s’arrêtent, puis partent inquiet.e.s et en toussant.

– 20H30 : Le rassemblement se dissipe. Toutes et tous se donnent rendez-vous samedi prochain.

Toutes ces scènes sont très dures à imaginer, toutes sont choquantes. Beaucoup des manifestant.e.s de ce samedi 1er décembre n’étaient jamais descendu.e.s dans la rue. Ils et elles étaient pacifistes. Nul doute que cela laissera des traces dans de nombreux esprits. Personne sur place n’avait jamais vu une telle violence gratuite à Bordeaux. Il sera bientôt temps d’identifier les responsables.

 

 

               

Clément Agostini

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