Entre culture et conflit #2 : Camille Moullec en année de mobilité en Israël

Camille Moullec est une étudiante de Sciences Po Bordeaux en quête d’aventures et de nouvelles cultures. Elle a les pieds sur terre, la tête dans les voyages et le cœur penchant à gauche. Camille est partie à la découverte d’un pays récent faisant souvent parler de lui : Israël. Elle nous délivre un témoignage singulier sur son début d’année en Israël. Comment vit-on au quotidien dans l’Etat détenant le plus long conflit du monde ? Quelle culture surprenante cette terre sacrée revendiquée par le peuple juif abrite-t-elle ?

Voici le deuxième épisode de cette chronique. Il est consacré aux surprises que réservent la culture israélienne. Je tiens à rappeler que cette interview présente une vision qui reste subjective sur un sujet toujours sensible.

Quelle est la place de la religion au quotidien ? Venant d’un pays laïc, comment perçois-tu ces pratiques ?

Même si 80 % de la population est juive, il faut séparer les juifs religieux et ethniques. L’Etat prévoit que toute personne ayant au moins un grand-parent juif peut prétendre à la citoyenneté israélienne. Cependant, seul un individu né de mère juive ou converti est considéré comme juif religieusement. C’est pourquoi certains sont assez éloignés des pratiques religieuses. La grande majorité des juifs que j’ai rencontrée n’est pas très pratiquante mais considère appartenir à une nation juive. Ils défendent leur Etat juif mais ils ne prient pas à la synagogue. Contrairement à la coutume, ils utilisent l’électricité pendant le Shabbat. Mais ils respectent le shabbat dinner en se retrouvant entre amis ou en famille le vendredi soir. Cette pratique est devenue culturelle, un peu comme Noël pour les catholiques.

Concernant les signes religieux, j’ai été frappée par l’abondance de kippas et de voiles dans les rues de Jérusalem. Ce que je préfère, ce sont les ultras orthodoxes. Ils portent la tenue entière, le grand chapeau et l’imposante barbe. A l’inverse, la présence religieuse n’est pas du tout marquée à Tel Aviv.

Un autre aspect intéressant correspond à mon cours intitulé Minorities in Israel. Il s’intéresse à tous ceux qui ne sont pas juifs dans un Etat fondé pour cette religion. De nombreuses communautés sont concernées telles que les arabes (17 à 20 % de la population), les druzes (1,5 %) ou encore les bédouins, circassiens et athées. Le Grand-Rabbinat, l’autorité religieuse suprême d’Israël pour la population juive, a un impact sur la vie quotidienne de tous. Il exerce un contrôle sur le mariage, le divorce, l’enterrement et la conversion. Par exemple, si je souhaitais me marier en tant qu’athée avec un juif en Israël, cela ne serait pas possible. L’union civile n’est pas autorisée.

« Si je souhaitais me marier en tant qu’athée avec un juif en Israël, cela ne serait pas possible »

C’est un sujet de contestation depuis l’arrivée de centaines de milliers d’immigrants de l’ex-Union soviétique dans les années 1990. Ils n’ont pas le droit de se marier sans documents prouvant leur judéité transmise par leur mère. De nombreux couples s’unissent donc à l’étranger, mais tous ne disposent pas de l’argent nécessaire.

J’ai aussi été surprise par l’application du shabbat qui handicape une grande partie de la population. Cette fête religieuse juive se traduit par une fermeture des entreprises et des transports publics du vendredi soir au samedi soir. Ces discriminations interrogent sur le régime israélien, souvent présenté comme la seule démocratie du Moyen-Orient. Mais la priorité du gouvernement est de conserver un Etat juif, sinon il n’a plus aucune raison d’exister. C’est pour cela que l’armée est très importante, sans elle le pays ne tiendrait pas.

Justement, comment se passe le service militaire ?

J’ai l’impression que les jeunes israéliens s’y préparent depuis leur naissance. Vers l’âge de 16 ans, leurs compétences mentales et physiques sont évaluées. La plupart sont simplement envoyés dans l’administration car un mental d’acier est indispensable pour faire partie de l’armée de combat. Il faut savoir que le service militaire est obligatoire pour les juifs mais que tout le monde peut être volontaire. De nombreux Israéliens sont particulièrement fiers d’être conscrits, cela représente un rite de passage. Les arabes chrétiens, circassiens ou encore druzes israéliens se portent généralement volontaires. Pourquoi ? Il est difficile d’expliquer l’importance du service militaire. C’est toute une institution. Pour les Israéliens, cela revient à rendre service à leur pays qui leur assure des droits. Prenons un exemple. La question fréquemment posée en année à l’étranger est « qu’étudies-tu ? ». Pour eux c’est plutôt « que faisais-tu dans l’armée ? ».

Mais certains détestent l’armée. Les horaires sont très stricts et aucun contact physique n’est autorisé. Par exemple, j’ai été stupéfaite d’apprendre l’interdiction de faire des tresses à quelqu’un. De plus, le service militaire occupe un temps considérable de ta vie. Il dure trois ans pour les hommes et environ deux ans pour les femmes. Certains parviennent à déserter en invoquant des raisons médicales. Cependant, il est très mal perçu de ne pas faire l’armée !

Au début, j’étais choquée de voir des jeunes de mon âge sortir avec des armes. En effet, certains rentrent à la maison le week-end et ils n’ont pas le droit de quitter une arme déchargée qui leur a été fournie. Même dans la douche. Lorsque je prends le bus, je vois souvent des jeunes tenant un fusil M15 ou M16 en train d’écouter de la musique ou de lire. Je côtoie tous ces soldats inactifs au quotidien. Je me suis complètement habituée.

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Qu’est-ce qui t’as le plus marqué dans la culture israélienne ?

J’ai le sentiment que les Israéliens vivent au jour le jour. Les sports extrêmes font partie de leur quotidien. Franchise, spontanéité voire insolence sont leur maître-mots. Ils négocient au restaurant et ils sont très directs en matière de séduction. Toutefois, ils abandonnent immédiatement si tu montres que tu n’es pas intéressé. La seule fois où je me suis fait embêter en boîte de nuit, c’était par un Français !

J’ai également été marquée par l’aspect multiculturel du pays. L’Israélien typique a la peau mate et les cheveux bouclés. Pourtant, si une personne me rencontre, elle me parlera spontanément en hébreu car elle supposera que je suis Israélienne. En tant que pays d’immigration, il est composé de nombreux Russes, Américains ou encore d’Ethiopiens.

A l’inverse, qu’est-ce que tes amis israéliens trouvent-ils le plus surprenant chez toi en tant que Française ?

Mes idées politiques ! La grande majorité des Israéliens est de droite, mais leurs avis politiques sont plus que controversés. Au début de l’année, j’ai eu un échange mémorable avec un Israélien. Je lui ai demandé ce qu’il pensait de Paris. Il m’a répondu qu’il avait détesté sa visite. J’ai tout de suite pensé au mauvais temps, à la saleté et aux pigeons. Mais pas du tout : « il y a trop d’arabes et de noirs à Paris ! ». Au fil du temps, je me suis rendue compte que ce racisme latent correspond au discours ambiant.

Propos recueillis par Nina Jackowski

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