/ Enquête exclusive / Crous de Bordeaux : cauchemar en cuisine ?

Entre manque de personnel et aggravation des conditions de travail de ses agents, le CROUS de Bordeaux semble vouloir faire des économies à tout prix. Une politique qui s’exerce surtout au détriment de la qualité des services de restauration et concerne directement les étudiants.

Du 8 au 12 octobre dernier, les salariés du CROUS faisaient valoir leur droit de grève pour faire entendre leurs revendications au sujet des conditions de travail au sein de la structure universitaire. Vin Rouge et Encre Noire a tenté de comprendre les dysfonctionnements qui sévissent au sein de cette institution du campus.

Pour Philippe Tissaire, responsable CGT au sein de l’antenne bordelaise, «les  méthodes du privé pénètrent le CROUS ». « On en demande de plus en plus au personnel » commente le syndicaliste, alors même que les salariés sont sous-payés au rang d’agent de service bien qu’ils exercent un travail correspondant souvent à celui d’un grade supérieur.

Si des dérives existent, elles sont avant tout liées au non respect des DAPOUS, les normes régissant les conditions de travail des employés de l’institution. De plus en plus de responsabilités sont imposées au personnel sans rémunération supplémentaire, tandis que la direction se refuse à l’embauche, plaçant l’établissement en situation de sous-effectif. Pour faire des économies, la direction rechigne à procéder au remplacement des agents en arrêt maladie ou en autorisation d’absence.  

« Il n’y a aucunes perspectives d’évolution dans l’établissement »

« On assiste à une multiplication des taches au détriment de la spécialisation du personnel » commente Philippe Tissaire. « L’objectif de l’institution est de modifier les fiches métiers pour accéder à la polyvalence des agents », poursuit le représentant de la puissante centrale ouvrière. Dans cette logique, les agents du CROUS n’auraient alors plus de fonction propre et seraient soumis à une mobilité contrainte au sein de l’institution, sans pour autant bénéficier d’un salaire supérieur.

 « Il n’y a aucunes perspectives d’évolution dans l’établissement », admet Philippe Tissaire, citant en exemple le cas d’un agent de service exerçant depuis 10 ans dans une sandwicherie du campus sans avoir pu accéder à une revalorisation de son statut.

En outre, ces coupes budgétaires ont un impact réel sur la qualité du service proposé aux étudiants. Pour ses employés, « le CROUS est devenu un commerce » et se dirige graduellement vers une logique de fixation de prix similaire à celle du privé. La Confédération Générale du Travail accuse : « l’établissement triche sur les grammages et ne respecte pas les apports nutritionnels journaliers des étudiants à travers la composition des repas ».  Au-delà d’une hausse des tarifs évidente – comptez aujourd’hui 0,85 euros pour l’achat de la sacro-sainte chocolatine -, l’établissement réduit également la quantité de nourriture attribuée au même prix. D’une année à l’autre, le cookie proposé dans les services du CROUS s’est ainsi fait amputer de 40g, passant de 110 à 70g.

 « Il y a encore une dizaine d’années, les étudiants pouvaient se resservir pour assouvir leur faim », commentent avec dépit les services de restauration. C’est aujourd’hui impossible. En conséquence, les étudiants achètent des compléments à leur repas dans l’après-midi. « La direction recherche des étudiants avec de l’argent » confie à VREN le responsable du restaurant Le Forum.

Dans cette logique, le CROUS a récemment fait évoluer son système de paiement pour le personnel administratif de l’université : le prix du repas est ainsi corrélé aux salaires des agents. Ce système, qui conduit de fait à une grille tarifaire s’échelonnant à partir de 3,25 euros le repas pourrait s’étendre aux étudiants, selon Philippe Tissaire. Une telle mesure installerait alors le CROUS dans la logique d’un paiement à la carte, où les étudiants se verraient attribuer un prix au repas correspondant aux revenus de leur foyer fiscal.  Un hypothétique et inquiétant revirement, contraire à l’égalité des étudiants face aux prix, qui pourrait alors apparaître bien indigeste.

 

Antoine Cariou

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