Ebdo, le pari du renouveau

Le magazine Ebdo, disponible chaque vendredi en kiosque depuis janvier

Un hebdomadaire lancé en pleine crise de la presse papier, sans publicité et sans l’appui d’un grand groupe. Voilà le pari que s’est lancé Ebdo, nouvel arrivant dans les kiosques depuis la fin janvier. Un pari complètement fou ? Pas pour Anne-Sophie Novel, référente sud-ouest du journal que Vin Rouge & Encre Noire a pu rencontrer.

 

C’est dans le décor somptueux du Mont Beuvray, en Bourgogne que l’histoire d’Ebdo commence. Nous sommes alors en plein été 2017, le soleil est à son zénith et plusieurs milliers de Français sont réunis dans le cadre du festival du journalisme vivant. Ce samedi 15 juillet, des centaines de personnes assises dans l’herbe entendent pour la première fois parler d’Ebdo, un magazine hebdomadaire de 110 pages, sans publicité, non partisan, qui entend renouveler la façon de faire du journalisme. Sa sortie est prévue pour janvier 2018.

Six mois plus tard, les promesses ont été tenues et le premier numéro sort en kiosque. En Une, un TGV, éclairé aux couleurs du drapeau français. Son prix ? 3,50 euros, un tarif assez faible comparé aux autres journaux hebdomadaires. Les 100 pages traitent de sujet aussi divers que la SNCF, les loups, l’intelligence artificielle ou les librairies itinérantes… On y trouve même une recette de palourde, des jeux, ou une page blanche pour pouvoir écrire ce que l’on souhaite.

 

« Je l’ai vécu comme un accouchement »

Ce numéro un consacre la fin de nombreux mois de préparation et marque le début d’une nouvelle aventure pour l’ensemble des trente journalistes. « Je l’ai vécu comme un accouchement » confie Anne-Sophie Novel, présente au sein d’Ebdo depuis les prémices du journal, alors que ce dernier s’appelait encore Le Papier – le nom définitif d’Ebdo ayant été trouvé plus tard par un lecteur lillois. « Cette métaphore de l’accouchement est assez parlante. J’étais très fière quand il est sorti » poursuit la journaliste passée précédemment par Le Monde et Le Un.

Cette fierté s’explique par la volonté d’Ebdo de créer un nouveau lien entre la rédaction et ses lecteurs. « L’idée, c’est d’être un média qui renoue avec le plus grand monde en restant dans un langage compréhensible, accessible et qui parle à toute la famille ». Mots simples, sujets évoquant la vie de tous les jours, Ebdo veut s’ancrer dans la vie de chacun de ses lecteurs.

 

Un journal communautaire et collaboratif

« Communauté ». Voilà ce qu’Ebdo entend créer. Que chaque Français qui aille acheter son magazine le vendredi se sente appartenir à un plus grand ensemble, composé de tout le spectre de la population. Riches, pauvres, urbains, ruraux, jeunes, vieux… Ebdo entend s’adresser à tout le monde, sans viser une cible particulière de lecteurs. Le journal permet par exemple un abonnement à la carte où chaque personne peut décider de verser entre 5 et 20 euros par mois, selon ses moyens. Autre nouveauté, les journalistes peuvent dormir chez leurs lecteurs, afin d’être au plus près de leur quotidien et pour mieux comprendre leurs préoccupations. Pour éviter une vision trop parisienne, il y a également cinq référents en région qui permettent d’apporter un « regard décentré et d’être des antennes régionales » comme le rapporte Anne-Sophie Nouvel, elle-même référente sud-ouest.

Et la participation du public ne s’arrête pas là. Grâce à la plateforme internet La Source, chaque abonné peut suggérer une initiative, une personne remarquable, une idée de sujet utilisable par un journaliste où même livrer un témoignage qui pourra ensuite être publié dans les pages du journal. La participation du public est aussi financière puisque l’aventure d’Ebdo a été rendue possible par une campagne de crowdfunding qui a réuni plus de 400 000 euros. Soit la deuxième campagne de financement participatif ayant rencontré le plus de succès en France. Une manne financière qui permet à Ebdo d’avoir une certaine stabilité, du moins à court terme.

« Avec l’argent qu’on a récolté, on a au moins deux ans devant nous » se réjouit Anne-Sophie Novel. Au-delà de ces deux ans, la viabilité de l’hebdomadaire dépendra du seul nombre de ventes. L’avenir du journal se retrouvera donc, une nouvelle fois, entre les mains de ses lecteurs.

 

Paul Gratian

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