Derrière la caméra, des réfugiés prisonniers des frontières israéliennes

Chaque semestre, le Rahmi s’associe à l’EUNIC Bordeaux Aquitaine et au Musée d’Aquitaine afin de proposer des projections et débats sur le thème des migrations. Trois films seront ainsi diffusés dans le cadre des « Migrations en Images », invitant chacun à explorer la thématique des frontières.

 

C’est le documentaire d’Avi Mograbi, « Entre les frontières », qui a été retenu pour la première séance. Diffusé dimanche dernier au Musée d’Aquitaine, il rend compte de la situation des réfugiés africains en Israël.

 

Avi Mograbi, grande figure cinématographique israélienne engagée et le metteur en scène réputé Chen Alon sont partis à la rencontre de demandeurs d’asile africains, principalement Soudanais et Érythréens. Ils ont quitté leur pays pour fuir la guerre, la dictature et les persécutions. À travers ce documentaire, une réalité: le nombre croissant de demandeurs d’asile africains, en particulier depuis 2007. Face à cela, un gouvernement qui ferme les yeux. Car Israël, dite terre des réfugiés, refuse de considérer leur sort et les retient dans le camp de Holot, en plein désert du Néguev.

 

            Un rapport au souvenir ambigu

 

Les migrants sont protégés par les conventions internationales. Israël, partisan de la mise en forme et signataire de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, ne peut pas les renvoyer chez eux. Ils sont donc placés dans des centres par le gouvernement. Considérés comme des « infiltrés », ils sont maintenus dans une zone de non-droit. Ils ne bénéficient pas du statut de « réfugié », tuant dans l’œuf une quelconque perspective d’intégration. Exclus du reste de la population, les demandeurs d’asiles sont seuls. Bien qu’ils aient la possibilité de se déplacer librement entre les trois appels journaliers à Holot pour chercher un emploi, ils sont confrontés à un racisme exacerbé dès leur arrivée à Tel-Aviv. Les autorités israéliennes mettent tout en œuvre pour les pousser à quitter volontairement le pays.

 

« Entre les frontières » souligne une problématique de taille : l’État hébreux, sous couvert d’appliquer la Convention de 1951, ne facilite en fait pas du tout l’intégration des réfugiés sur son territoire, voire la freine. Et lorsque certains veulent faire entendre leur voix, ils sont emprisonnés.

            Un projet politique et artistique

 

Chen Alon et Avi Mograbi ont ainsi proposé à des immigrés détenus au camp d’Holot de participer à un atelier-théâtre. C’est en réalité l’occasion pour eux d’interroger le statut de réfugié en amenant ces hommes à raconter leur histoire, avec pour modèle le Théâtre de l’Opprimé, théorisé par Augusto Boal. Ils sont également parvenus à inviter des Israéliens à prendre part au projet.

 

La décision du Rhami de retenir un tel film se révèle éclairante. « Entre les frontières » témoigne du regard critique porté par un cinéaste choqué face à la politique de son pays, et soucieux du sort des exilés démunis, considérés par l’État hébreux comme des ennemis. En jouant sur la complicité des acteurs dont il fait lui-même partie, et en appelant à davantage d’empathie, Avi Mograbi parvient aussi à faire réfléchir ses concitoyens sur la violence. Il appelle à l’attention sur une situation qui ne tient plus d’une politique du refuge mais du rejet.

 

 

Un article de Justine W.

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