«  Décolonisons les arts ! » : artistes et « racisés »

Le livre Décolonisons les arts, sorti en septembre dernier chez L’Arche Editeur est un ouvrage collectif dirigé par Leïla Cukierman, Gerty Dambury et Françoise Vergès regroupant quinze textes d’artistes (Kader Attia, Marine Bachelot Nguyen, Rébecca Chaillon, Myriam Dao, Eva Doumbia, Daïa Durimel, Amandine Gay, Mohamed Guellati, Karima El Kharraze, Jalil Leclaire, D’ de Kabal, Hassane Kassi Kouyaté, Olivier Marboeuf, Pascale Obolo et Sandra Sainte Rose). Ces artistes sont pour certains membres de l’association « Décolonisons les arts ! » (DLA)

Le livre est né sous l’impulsion de l’association DLA, elle-même créée en 2015 par des artistes, universitaires et chercheurs français tous issus des minorités visibles. L’association a pour but de mettre en lumière le racisme et l’aspect colonial toujours présents dans le monde de la culture en France aujourd’hui, et d’ouvrir un dialogue autour de la question.

« Je ne me racise pas moi-même »

L’idée fut de coucher sur papier des témoignages de professionnels de la culture – chorégraphes, interprètes, cinéastes, comédiens – et de leur donner carte blanche afin qu’ils partagent avec le lecteur leur ressenti sur l’environnement parfois hostile dans lequel ils évoluent au sein de leur profession.

Décolonisons les arts ! Nous plonge dans une suite de récits retentissants, plus ou moins amers et violents quant à la manière dont sont encore traités ou considérés les artistes “racisés” en France. Leïla Cukierman, Gerty Dambury et Françoise Vergès expliquent leur emploi des termes “racisé” et “racisation” au travers du livre et la signification qu’elles leur donnent. Elles déclarent notamment que “la race n’existe pas mais des groupes et des individus font l’objets d’une racisation, d’une construction sociale apparentée à une définition historique et évolutive de la race”. L’artiste Myriam Dao explique à son tour que la racisation dont elle a été l’objet lui a été imposée de manière passive, et déclare la phrase suivante ‘’je ne me racise pas moi même”.

Le poids des mots

La question des mots – que l’on pourrait apparenter à la “forme” du problème dénoncé dans le livre – fait par la suite écho à un enjeu de fond, bien plus lourd : c’est au travers de mécanismes tels que l’utilisation de certains mots ou la hiérarchisation tacite des arts que l’on parvient finalement à un racisme structurel d’Etat, dont il est extrêmement difficile de se défaire.

Cependant, le livre n’a pas pour seule vocation de dénoncer le racisme ambiant dans les arts aujourd’hui. Au delà de tirer des constats, il pose habilement des pistes de réflexions, propose des solutions afin de palier au manque de représentation des artistes racisés :

L’artiste Myriam Dao par exemple décide de questionner la place même des arts dans notre société, et souhaite réhabiliter l’idée que les arts n’appartiennent pas à une sphère distincte. Le “champ” artistique dont on parle si souvent n’a pas lieu d’être : la séparation qui est faite ne mène qu’à un “cloisonnement” de la pensée où l’art n’apparaît plus comme accessible à tous.

Elle parle également de son travail de transmission artistique – à ses yeux crucial –  dans des quartiers prioritaires afin de diversifier les références artistiques de jeunes enfants ou adolescents, ce qui mènerait à une relégitimation de la place des personnes racisées dans le domaine de culture.

La multiplicité des sujets abordés dans le livre en fait une lecture passionnante qui est alors certaine de toucher à des thèmes qui résonneront aux oreilles du lecteur.

(Décolonisons les arts !, sous la direction de Leïla Cukierman, Gerty Dambury et Françoise Vergès. 15€ et disponible chez Mollat.)

Eve Chavannes

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2 Comments

  1. Bonjour, une seule correction à apporter mais importante : tous les contributeurs et contributrices ne sont pas membres de Décoloniser les arts. Seuls certains et certaines le sont. C’est important pour respecter la liberté des contributeurs et contributrices.

    Accepteriez vous d’apporter cette précision ? Merci

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