Débattre, un sport de combat ? Rencontre avec l’association « TCEPA? »

« Le pluralisme est un sport de combat », c’est le thème de la conférence de « TCEPA? » mardi prochain, co-organisée avec Assomericalatina. Une grande première pour « TCEPA? », association récemment créée en vue de « questionner les paradigmes dominants ». Paco, trésorier et Anatole, co-président avec Khalil, actuellement en césure, nous expliquent leur démarche.

C’est une toute jeune association baptisée « TCEPA? ». Derrière cet étrange acronyme, trois fondateurs : Anatole, Khalil et Paco. Et derrière leur projet, un constat. « Il y avait beaucoup d’associations aux idées contraires aux nôtres qui se créaient. Au bout d’un moment on s’est dit, plutôt que de rester à râler, autant essayer de faire connaître nos idées, d’avoir une approche plus constructive », raconte Anatole.

Questionner le libéralisme économique

16832271_712027902292193_8797360282705591964_nLe trio fonde donc en début d’année cette association de débat. Leur ambition : « porter des idées peu connues, en contradiction avec celles répandues dans les médias ou à l’université », poursuit Anatole. Au total, ils sont une petite dizaine de membres aux opinions variées, avec un noyau dur de quelques étudiant.es, réuni.es par une même critique du libéralisme économique comme paradigme dominant. La troupe se retrouve derrière des idées altermondialistes. « Altermondialistes dans le sens où l’on cherche un autre monde », explicite Paco.

L’association choisit comme nom de code « TCEPA? » pour « toutes choses étant égales par ailleurs », cette formule égrenée à longueur de cours d’économie, faisant de cette matière une science, ce qu’ils refusent. D’où le point d’interrogation.

« Les initiales font « tu sais pas », ajoute Anatole, parce que notre objectif c’est aussi d’apporter des connaissances, d’inviter des penseurs.ses, des intellectuel.es ou des gens du terrain comme un.e syndicaliste, un.e responsable associatif ».

Ni parti ni think-tank

L’association, en revanche, ne compte pas convier de femmes ou d’hommes politiques. Pour Paco, « d’autres associations sont là pour ça, ce n’est pas notre vocation ». Ni antenne, ni think-tank, TCEPA? se propose de faire naître un débat, indépendamment de tous les courants ou personnalités politiques. Du reste, l’association ne se revendique pas de gauche. « Il y a beaucoup de gens qui ne s’identifient plus sur cet axe, estime Anatole, qui ne savent plus trop ce que cela veut dire. Nous on propose vraiment de questionner des modèles économiques, des modèles de pensée, des modèles philosophiques et de toucher un maximum de gens, peu importe comment ils s’identifient ».

En bref, ne pas abandonner la critique du système contemporain à l’extrême-droite. « Aujourd’hui par exemple, à chaque fois que tu remets en cause l’euro, tu es presque considéré comme fasciste, affirme Paco. La critique de l’euro, tout comme la critique des médias, a été confisquée par l’extrême-droite ». « On est partisan d’un autre modèle, on pense que tout n’est pas perdu », renchérit Anatole.

Critique de l’économie orthodoxe donc, mais pas que. L’association compte aussi investir les sujets de société, l’écologie et les questions de genre notamment. Des thèmes que l’on retrouve dans leur « revue de presse alternative », compilation d’articles sur leur page Facebook, portant sur les inégalités, les relations internationales ou encore la critique des médias.

Première conférence avec Pierre Carles

La critique des médias, c’est justement le leitmotiv de leur première (et probablement dernière) conférence de l’année, le 4 avril prochain. En invité d’honneur, le documentariste Pierre Carles. En débat, deux de ses films : Hollande, DSK et les autres et Les ânes ont soif, sur la politique de Rafael Correa en Equateur. En fil conducteur, « le pluralisme est un sport de combat », clin d’œil au documentaire de Carles sur Pierre Bourdieu.

Avec TCEPA?, « on va essayer de se poser en alternative au paradigme dominant et c’est exactement ce que fait Pierre Carles. Les thèmes de la conférence sont assez transposables à l’idée que l’on se fait du débat d’idées », juge Paco.

Critique des médias et modèle équatorien

Le premier documentaire est, pour le duo, particulièrement salutaire en période électorale. « La thèse de Hollande, DSK et les autres, c’est qu’il y a eu en 2012 une pré-sélection médiatique des candidat.es, à savoir Dominique Strauss-Kahn dans un premier temps et François Hollande dans un deuxième temps, indique Anatole. On a retrouvé les mêmes mécanismes dans cette présidentielle, avec une pré-sélection médiatique qui s’est focalisée d’abord sur Alain Juppé et puis, quand les médias se sont trompés, sur Emmanuel Macron ».

Quant au second reportage, il s’attache à la politique du président Rafael Correa en Equateur et interroge « à la fois les « pourquoi on ne parle pas de ce modèle ? » et « en quoi il est intéressant » », selon Anatole.

Concrètement, « l’idéal, ce serait de voir les films au préalable », en accès libre, explique Paco. Après la projection de plusieurs extraits et une présentation du documentariste, une large part de la conférence sera consacrée aux questions du public. Paco poursuit : « On va essayer de réserver du temps sur le thème : « qu’est-ce qu’on propose comme modèle alternatif ? C’est facile de critiquer les médias, mais qu’est-ce qu’on fait après ? Est-ce que le modèle de Rafael Correa est une solution ? Nous on regarde tout cela avec un œil bienveillant et interrogatif. Des gens dans la salle peuvent très bien s’insurger, d’autres vont trouver cela intéressant. On en discutera ».

Prochain défi : pérenniser

C’est là qu’entre en jeu Assomericalatina, co-organisateur de l’événement. « Le modèle équatorien les intéressait. On leur dit merci car ils nous ont vraiment aidé », souligne Paco. Car avec peu de membres et peu de moyens, TCEPA? a mis du temps pour se lancer et regarde déjà vers l’année prochaine. Le duo en profite donc pour lancer un appel à tous les curieux.ses, à Sciences Po comme ailleurs, à toute association qui voudrait planifier une nouvelle conférence.

Et puis, ils en sont convaincus, « il y a beaucoup de gens aux idées proches des nôtres mais qui n’avaient pas d’association pour les représenter ».

Aude Le Gentil

Conférence « Le pluralisme est un sport de combat » avec Pierre Carles, le 4 avril, 17h30 en amphi Siegfried. Plus d’informations sur la page Facebook de l’événement.

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