Beauxrdelais et beauxrdelaises

J'espère que vous apprécierez ce magnifique montage fait avec Paint (ça nous a pris au moins une heure !)

Bon, pas besoin de faire semblant, je sais pertinemment que tu ne sais pas qui est la personne dont ta rue porte le nom. La chatoyante Bordeaux d’aujourd’hui (j’aime à croire que Bordeaux est féminine) a une histoire pour le moins houleuse, et les anecdotes foisonnantes se nourrissent de siècles de péripéties de la ville. Aujourd’hui, je voudrais te présenter quelques-unes des personnalités stylées, qui pimentent le long récit bordelais. Baron de Montesquieu, François Mauriac, Jean Anouilh, et Adrien Marquet…non je rigole. Déjà il y a des femmes, et puis aussi des artistes, des sportif.ve.s, des entrepreneur.e.s… C’est bien évidemment non-exhaustif, mais voilà une petite quinzaine (une grosse dizaine pour les optimistes) de célébrités que tu seras, je l’espère, contents de connaître. Et en plus tu pourras te la péter en expliquant à tes potes qui est celui ou celle qui a donné son blase à leur rue.

 

Ausone
Ausone, ce beau gosse

En prem’s, Ausone, (vous êtes déjà allé.e.s au 11 allée Ausone, 33600 Pessac ?) ou beaucoup plus pompeux, Decimus Magnus Ausonius. Aquitain, né et mort dans les environs de Bordeaux, un peu vieux maintenant, il a vécu entre 300 et 400 après Jésus Christ. Issu d’une grande famille, il possédait pas mal de terrains aux alentours de la Garonne, entre Bordeaux (Burdigala), Bazas (Cossium) et Marmande. Personnalité littéraire, poète, il est considéré comme un des premiers à écrire en latin dit « moderne » en France. Comme tous les intellos de l’époque, il était aussi homme politique et a exercé plusieurs hautes fonctions pour les Gaules sous l’empire. Il est célèbre pour avoir été le précepteur de Gratien, fils et successeur de l’empereur Valentinien Ier.

 

Le marquis de Tourny
Le marquis de Tourny, en attendant le nouveau marché de Noël

Grand bond dans le temps, pour aller rencontrer Louis-Urbain Aubert de Tourny. Pause. Parce qu’il a déjà un nom qui en impose beaucoup trop. C’est bien lui, le fameux marquis de Tourny, qui donne son nom aux belles allées près du Grand Théâtre. C’est le seul de cette liste qui n’est pas né à Bordeaux, mais dans la capitale (enfin vous me direz, Bordeaux a été capitale aussi ok, d’accord, merci). « Administrateur » au XVIIIème siècle, il faut que tu le connaisses parce qu’il a participé à la transformation de la ville, un peu comme un pré-Juppé si tu veux. En 1743, il est intendant de Guyenne à Bordeaux, et il décide de rendre les quais plus jolis, il fait aménager la ville, places et avenues et il crée le Jardin Public. C’est cool c’est gentil. Parce que voilà, on connait Hausmann pour avoir fait Paris, mais on ne connait pas assez ce Tourny. D’ailleurs, le baron Haussmann a été préfet de Gironde, et vous savez ce qu’il a fait ? Il s’est inspiré de la façon de faire qu’avait eu Tourny, notre Tourny, pour ses travaux à Paris, quand il était préfet de la Seine, après avoir été préfet de Gironde. Tu suis toujours ? Parce que maintenant je voulais te parler de Valentine Haussmann (1843-1901), née à Bordeaux elle, et devine : c’est la fille du baron Haussmann. Elle aurait entre autres aussi été la maîtresse de Napoléon III. Non, nous non plus on ne trouve pas ça bien de résumer la biographie de cette femme à ses liens avec des hommes, mais c’est ce pour quoi elle est connue. Elle ne sera pas dans le tome 3 de Culotées de Pénélope Bagieu… Pour citer un autre artisan de la construction de la ville, Joseph-Adolphe Thiac (1800-1865) était lui aussi architecte à Bordeaux (comme son père en plus). C’est notamment lui qui a restauré la cathédrale Saint-André oui qui a construit le Palais de Justice. La rue Thiac est une des perpendiculaires à celle du Palais Gallien, coin très sympa.

 

Fernand Lafargue, en pleine discussion avec sa femme
Fernand Lafargue, qui discute avec sa femme (là ils parlent de ce qu’ils vont manger ce soir)
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Je continue sur ma lancée, on reprend le plan de Bordeaux, on part de la place Tourny et on décale à la place Fernand Lafargue. On s’est tous déjà donné rendez-vous place Fernand Lafargue pour aller manger thaï. Eh bien figurez-vous que Jean Fernand-Lafargue, né à Bordeaux (1856) mort à Talence (1903) n’avait aucun lien avec la Thaïlande ou la restauration, il était écrivain. A part le fait qu’il soit mort prématurément, il a pas mal réussi ce bougre, il était assez connu. La statue de lui dans le jardin public a été commandée par ses amis parisiens et bordelais quelques années plus tard, et le sculpteur, bordelais lui aussi (Jules Rispal) l’a représenté entouré de deux de ses personnages de roman. Sa femme, elle, a donné les manuscrits de son feu-mari à la bibliothèque de Bordeaux. Sympa, comme la place Fernand Lafargue.

 

Georges Juzan ou, "La Moustache" (son surnom officiel... enfin presque)
Georges Juzan ou, « La Moustache » (son surnom officiel… enfin presque)

Georges Juzan, lui, c’est un de mes préférés. Né en 1849 à Caudéran et mort à Bordeaux, c’est un vrai d’ici déjà. Grande victime de l’Histoire, personne ne lui est reconnaissant de ce qu’il nous a laissé : la bicyclette. Ce que tu as appris à faire avec un grand sourire, ce qui a sauvé tes parties Pokémon, ce qui encore aujourd’hui vient bravement à ta rescousse après le dernier tram. Et oui, Georges Juzan, c’était un mécanicien, qui a proposé un deux roues, dont les roues aux diamètres égaux étaient reliées par une chaîne. A l’époque, il y a le vélocipède, mais à ce qu’on en dit, ce n’était pas super pratique. Ce qui est malencontreux, c’est qu’il n’a pas eu les sous pour déposer un brevet, et après sa mort, l’invention a été récupérée par des grandes marques. Encore une victime du capitalisme. Il y a quand une rue à son nom, près du vélodrome Lescure. Pourtant, le commerce réussissait déjà bien à certain.e.s Bordelais.es Marie Brizard elle, un siècle plus tôt, avait inventé une boisson alcoolisée, qu’elle a commercialisée avec succès, ce qui a fait d’elle plus ou moins la première femme cheffe d’entreprise française. Depuis 1755, la marque existe toujours, Marie Brizard Wine & Spirits, rachetée par Belvédère, qui produit toujours plein de liqueurs différentes !

 

Les frères Pereire tapent la pose
Les frères Pereire tapent la pose

En parlant d’alcool ; non rien en fait, je n’ai juste pas de transition. Bref, si vous êtes un peu familiers avec le paradis du bassin d’Arcachon, tu as dû entendre parler de « Pereire », entre Arcachon et le Moulleau. Les frères Pereire, Emile et Isaac sont nés au début du XIXème siècle à Bordeaux. Une fois quinquagénaires (demande toi ce que tu seras en train de faire à 50 ans toi), ils ont impulsé le développement urbain de la ville d’Arcachon : ils sont à l’origine du quartier de la ville d’Hiver (grosses baraques encore là aujourd’hui, très belles et très très chères). Ils en avaient fait un vrai projet d’urbanisme qui reposait sur la qualité balnéaire de l’endroit. Les tuberculeux venaient s’y soigner, les autres malades des poumons aussi, puisque les pins font perdre aux vents marins leur acrimonie. Accompagnés de médecins et de polytechniciens, ils construisent et organisent tout. Les trains Bordeaux- La Teste, Bordeaux- Arcachon faisaient déjà le trajet, avec à leur bord les riches bordelais qui allaient à la plage ; et oui, déjà. C’est la ville d’hiver qui attirera l’impératrice Eugénie, Sissi, et plus tard Gabrielle Chanel, et aujourd’hui… bah Patrick Cohen. Restons sérieux et concentrés sur le talent de ces deux bordelais. Ces deux frères font partie des premiers vrais businessmen : entrepreneurs, investisseurs, influents dans les secteurs banquier, immobilier, dans les domaines du chemin de fer et des assurances. Ils ont pas mal développé les routes, ferroviaires entre Bordeaux et Bayonne par exemple, ou agricoles dans les Landes. Et ils sont assez sympathiques pour autre chose : ils ont beaucoup reboisé après leur passage, ils ont planté beaucoup de pins, surtout dans le pays de Buch (vers la Teste), dans les Landes, et ils ont même replanté un vignoble, puisqu’ils étaient propriétaires d’un château du domaine Margaux. Littéralement des milliers d’hectares.

 

Aurélien Scholl et son bide à bierre se prépare à un combat au sabre
Aurélien Scholl et son bide à bière se préparent à un combat au sabre

Pendant le Second Empire, l’effervescence artistique bouillonne en parallèle du décollage industriel. De grandes figures viennent de la ville du port de la Lune. Pour n’en citer qu’une, Catherine Jeanne Schneider (1833-1920) est une des plus grandes cantatrices françaises de l’époque, sous le nom de scène Hortense Schneider. Il y a aussi des peintres, des musiciens, des danseurs, des dramaturges, beaucoup, des romanciers, des journalistes… Journalistes dont Aurélien Scholl, né en 1833 et mort en 1902, aussi écrivain. Il a notamment ressuscité Le Nain Jaune en 1863, et crée Quotidien de Paris en 1884. Il a écrit des articles pour La Justice de Clémenceau (ils eurent tous les deux la même maîtresse d’ailleurs). Mais bon il s’est aussi opposé à la Commune, il a un peu dénoncé certains participants, ce qui n’est pas forcément sympa.

 

Bordeaux a été le berceau de bien d’autres personnes chouettes. Aujourd’hui encore on pourrait parler de dizaines de bordelais famous. Danseurs, volleyeurs, handballeurs, j’en passe tellement. Je l’aime beaucoup, le chorégraphe Benjamin Millepied, que vous connaissez par Black Swan et pour être le mari de Natalie Portman (en voià un qu’on connaît pour être ‘mari de’, c’est bon parité respectée). Il a aussi (surtout) dirigé le ballet de l’Opéra de Paris. Stylé.

 

Jacques (lib)Ellul, notre maître à tous
Jacques (lib)Ellul, notre maître à tous

Bouclons la boucle en revenant à Sciences Po Bordeaux., avec Jacques Ellul (1912-1994), dont le nom est fièrement porté par un de nos amphis. Né à Bordeaux, mort à Pessac, c’est un vrai. Il a été professeur à l’IEP, et a donné pendant trente ans un cours sur Karl Marx. Un vrai de vrai. Il a écrit beaucoup (une soixantaine) de bouquins sur l’histoire du droit, la sociologie, le protestantisme ; dont Anarchie et christianisme, où il étudie la non-acceptation des institutions dans le prisme des textes religieux. Ses traits de caractère principaux : sa conversion au protestantisme, sa pensée proche de l’anarchisme et son amour de la liberté.

 

Amour de la liberté, les quatre plus beaux mots sur lesquels je pourrais finir. Mais non. Ce n’était pas forcément chronologique, il y a le mot ‘sympa’ qui se répète, mais on est content d’avoir partagé. Bisous.

 

Nina Tapie

(toutes les légendes des photos ont été faites par la rédaction qui décline toute responsabilité en cas de plainte pour ‘humour douteux’)

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