Banksy auto-détruit sa « Jeune fille aux ballons »

La récente autodestruction du tableau de l’artiste Banksy lors d’une vente aux enchères interroge. Les spécialistes ne parviennent pas à se mettre d’accord. Entre message politique et renouvellement des codes artistiques, il était facile de s’emmêler les pinceaux. Pas pour ton journal préféré, qui t’explique aujourd’hui les rouages de cette affaire bien particulière.

 

Une mise en scène signée Banksy

C’est l’effervescence en ce vendredi 5 octobre à la maison d’enchères Sotheby’s, située dans un quartier chic de la capitale anglaise. The place to be ! En vente ce jour-là : le « girl with ballons » d’un artiste connu de tous, Banksy.

Il faut dire que le célèbre artiste, maître des pochoirs, cultive l’art de la rareté : le passionné de street art n’a jamais révélé son identité. Jouant de son anonymat, il sillonne et marque de son empreinte les rues et bâtiments des plus grandes capitales. Artiste engagé, il dénonce quotidiennement les aberrations de notre société et plus particulièrement la vente d’œuvres d’art sur des marchés très fermés aux prix exorbitants.

Mais retour à Londres. C’est donc avec impatience que nos potentiels acheteurs attendent le verdict. Une proposition, puis deux, puis trois… les enchères montent vite pour La jeune fille aux ballons. La 27e surenchère est la bonne. Le marteau s’abat sur la table tandis que le commissaire-priseur scande « adjugé, vendu ! ». Au même moment, la toile glisse et se déchire sur sa moitié. Désormais vendue pour 1,042 millions de livres (la Casio verte affichant 1,185 million d’euros), l’œuvre est devenue en quelques jours l’objet de toutes les spéculations.

Dénonciation ou récupération ?

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la mise en scène de l’artiste interroge. Banksy dénonce-il les bourses avides prêtes à dépenser des sommes extravagantes ? Déchirer sa toile serait certes un moyen de montrer son désintérêt total pour la monétisation de l’art.

Mais en réalité, de nombreux journaux dont Libération révèlent les nombreux intérêts de l’artiste dans l’accomplissement de cet « acte sensationnel ».

En effet, selon le cabinet d’expertise Artprice, non seulement « elle vaut deux fois son prix », mais l’œuvre n’a pas disparue : elle est déchirée sur la moitié basse seulement. Ainsi, elle peut continuer d’exister, dans sa matière tout comme de sa rareté.

Surtout, ce coup de théâtre est l’occasion pour Banksy de montrer qu’il est encore le maître de ses œuvres. Par l’autodestruction de la toile réalisée à l’aide d’une broyeuse insérée dans le cadre qui l’entoure, le passionné du street art montre ainsi qu’il peut surprendre toujours et encore. En conséquence, les maisons d’art s’empressent déjà de fouiller les autres œuvres de l’artiste dans le but de déceler la moindre machination.

Enfin, les professeurs émérites d’économie ne pourraient tolérer dans cette analyse l’omission de la théorie de la destruction créatrice de Schumpeter. Comme chacun le sait, elle stipule un acte de destruction pour parvenir à une création, et s’inscrit donc dans « l’acte inédit » dont cette toile fût victime.

Du nouveau, vraiment ?

Comme le rappelle Le Point, l’ « acte inédit » lors de la vente aux enchères auquel nous aurions assisté en ce mois d’octobre ne serait pas si original. Le journal rappelle l’exemple de l’artiste allemand Oskar Schnell qui avait aspergé ses toiles d’un produit les détruisant petit à petit.

Au final, Banksy réalise donc un acte remarqué, et notamment par les réseaux sociaux, mais qui n’est pas unique en son genre. Si l’autodestruction prône une dénonciation des marchés de l’art, elle permet à Banksy d’exister toujours plus sur la scène artistique.

La jeune fille aux Ballons dont Banksy a déchiré le cœur, tout comme les spectateurs, pourra patienter. Mais le ballon libre comme l’air, et comme son célèbre auteur, s’est pour un moment envolé.

Colin Cauchois

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