« Accusé Pipo, levez-vous ! »

Le Modèle de Sciences Po en 2048, tel était le sujet de la conférence ce mercredi 7 novembre. Si l’intitulé n’a pas semblé convaincre grand nombre de personnes à en juger par l’amphi rempli comme un vendredi matin à 8h avant un cours sur la culture du Liechtenstein au 19e siècle… Quoi qu’il en soit se tenait le procès de Sciences Po Bordeaux et plus largement des IEP de France, avec dans le rôle du procureur Yves Meny. Professeur de science politique, et ancien président de l’Institut universitaire européen de Florence (entre autres car son pedigree serait bien plus long à présenter, en tout cas c’est un mec badass). Selon la présentation que l’on pouvait lire sur l’invitation il devait nous « éclairer sur l’avenir des sciences po » dans un contexte où « la concurrence internationale accrue […] restructure les conditions même de la formation des élites dans nos sociétés ».

« Vaste programme !» lance-t-il en guise d’accroche. S’ouvre alors un long hommage (sortez les violons) à Sciences Po, mais passons aux éléments incriminés.

Yves Meny lance ainsi un développement en TROIS parties (stupeur dans la salle et sueur froide nous parcourant l’échine) et satisfait de l’effet produit lance les hostilités sur l’absurdité selon lui du modèle du plan en deux parties, suggérant davantage la nécessité de savoir s’adapter à la situation.

Débute son plaidoyer en présentant éventuellement les exemples à suivre comme celui de la London School of Economics and social sciences (LSE) qui selon lui est mieux classée notamment du fait de ses liens renforcés avec le monde entrepreneurial (l’école de la start-up nation somme toute), mais est-ce vraiment ce que nous voulons pour Sciences PO ?

Le modèle Sciences Po 2050 (2048 ne doit pas occulter le bicentenaire 1848) serait selon lui axé en trois points d’amélioration : Développer l’internationalisation des élèves et professeurs, concurrencer les autres modèles universitaires et systèmes de recherche ; et diversifier l’offre pédagogique.

Entre autres observations, Yves Meny note que seuls 90 étudiants suivent l’enseignement en anglais (hors filières), ce qui est très peu au regard d’autres institutions (il ose citer un exemple que nous tairons par pudeurs pour nos lecteurs, ayant un rapport avec une rue st guillaume- LE CRIT SERA BORDELAIS #LobbyAS) les masters devraient être de son point de vue pour la moitié en anglais. De plus, les explications des parcours de second cycle sont mal expliquées, se résumant parfois à 5 lignes de présentation (authentique), un peu léger pour des étudiants souhaitent rejoindre l’IEP en 4A.

Enfin, il est nécessaire d’améliorer la politique de communication pour lui, notamment le site Web se présentant du point de vue de l’offre et non de la demande, ce qui n’attire pas forcément des étudiants étrangers, encore faudrait-il une version en anglais, qui dispose d’un bouton emmenant à une page #404…

Quelles solutions propose-t-il ?

Les Masters étant considérés comme trop classiques, se tourner vers d’autres masters plus spécifiques. Il est impératif de profiter de « l’exception culturelle » bordelaise, sa renommée internationale…viticole pour l’essentiel.

Pourquoi ainsi ne pas créer un parcours « Politics and policies on wine » (approuved by 100% des étudiants interrogés, étrange…) ; « law and legalization of democracy judicialization of politics » ou encore « state and technologies » (avec la présence de la chaire mais aussi de la base aérienne de Mérignac).

Pour cela quels moyens ?

Premièrement, financier évidemment via la création d’une fondation Sciences Po ou de l’université de Bordeaux (Sur le modèle de la fondation universitaire). Deuxièmement, afin de mieux communiquer, nommer des senior fellows, étrangers exclusivement avec une réputation internationale. Même s’ils ne sont que fellows honoraires, ce dispositif à peu de frais permet se créer ainsi si un réseau international. Troisièmement, utiliser l’immense réservoir de post doctorants en leur attribuant des bourses, en échanges de séminaires ou de la dispense de cours, ou encore internationaliser davantage les enseignants (comme la présence d’Andy Smith à Bordeaux). La recherche quant à elle, est assez peu sont ouverte à l’international. Il faut savoir aller demander des financements européens, ou accroitre l’action de l’existante cellule administrative des projets.

Un conseil en aparté, cesser ce fameux plan en deux parties au profit du modèle anglais, ou encore la pratique du « paper » de 10 ou 15 pages en anglais avec toute la documentation à sa disposition.

« Il faut cesser de considérer anglais comme langue étrangère » ajoute-il reprenant les mots de Claude Allègre, ancien ministre de l’éducation national (finaliste du prix de la carpette anglaise pour cette magnifique déclaration).

La sacrosainte Pluridisciplinarité doit davantage croiser les départements comme le fit Duverger avec la réforme sur le droit dans les années 1950 ajoutant au droit de la sociologie et de l’économie.

Dernière pique pour la « Culture G », qu’Yves Meny peint comme une fausse culture générale avec lecture de livres réduite à quelques chapitres faute de temps, à la différence d’autres formations qui propose un volume horaire réduit. Il conclut : « j’espère que le grand oral n’existe plus » rires gênés de l’administration et pleurs des étudiants à l’évocation de ce qu’un certain professeur Monsieur P. qualifie de « bizutage ».

L’accusation laissant la parole à la défense, s’en suit un débat mené par Robert Lafore. Les participants, la directrice de Sciences Po St Germain (Céline Braconnier) , le directeur de Sciences Po Lyon (Renaud Payre) et bien évidemment « notre rice à nous » Yves Deloye tentent de défendre leur parti.

Après l’intervention des autres directeurs dont nous ne retenons que cette déclaration pouvant être interprété comme suit : « Tout d’abord la ligue girondine a tout récemment créé un conseil des 9 sciences Po de régions contre la menace jacobine dédaigneuse de ses cousins ».

Notre grand raïs prend la parole et le silence se fait (bien que l’agitation ne pût non plus décrire la situation précédente). Il revient sur plusieurs points évoqués comme la masterisation à grande vitesse faite en trois ans bien qu’inaboutie ; l’internationalisation à développer en termes d’accueil et réponse aux attentes ; l’innovation pédagogique, via une réforme nécessaire des conférences de méthode. Enfin il insiste sur le fait que bien nés avec une fonction de formation des élites administratives cela ne représente que 30 à 40% des effectifs aujourd’hui. Le message de la nécessité de repenser le modèle en le remettant à plat est bien passé.

A la surprise des quelques étudiants restés dans la salle, nous sommes invités à aller inaugurer une plaque à la fac de droit à Pey Berland, qui se finit chez Alain Juppé dans un salon doré et dont vous pouvez vérifier notre présence sur son compte officiel (toujours authentique…).

Noé Leproust

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