1# Conférence du BDM : Camille Polloni, redécouvrir le journalisme

Camille Polloni : la plume des Jours

C’est sous les regards admiratifs de Nina, Sybille Veil maison et thuriféraire des Jours, que Camille Polloni a ouvert cette nouvelle saison de conférences du bureau des médias. Passé par les bancs de Sciences Po Bordeaux et de l’ESJ Lille, elle a ensuite aiguisé sa plume dans les rédactions des Inrocks et de Rue89 avant d’atterrir aux Jours.

Le journalisme comme « conte de faits »

Les Jours c’est un média payant sur abonnement (un modèle à la Médiapart) fondé en 2016 par des anciens de Libération. Une quinzaine de personnes y travaillent aujourd’hui, dans des locaux du XIXème arrondissement. Ni publicité, ni actionnaire unique, le modèle garantit l’indépendance des journalistes. Ne reste plus qu’à assurer l’équilibre financier.

Les Jours c’est surtout cette ambition de revenir à du journalisme au long cours, de « ne pas redécouvrir bêtement la lune à chaque fois qu’on écrit quelque chose » affirme Camille Polloni. Et pour cela le média, auréolé d’un prix Albert Londres en 2017, entend raconter l’information autrement, à la manière d’épisodes, laissant toute leur place aux images et aux personnages. Des séries appelées dans la rédaction, « obsessions ». Elles sont choisies selon les centres d’intérêts des journalistes allant de sujets politiques à des sujets de sociétés présents et futurs, d’Alexandre Benalla à Alexa.

Menu du jour : Violences policières, état d’urgence et fraude fiscale

Sobrement intitulée « Délits de flics », l’obsession de Polloni se penche sur des cas de violences policières, des faits aux poursuites judiciaires. « J’ai choisi de prendre les affaires qui n’étaient pas médiatisées, ces procès qui passaient inaperçus », explique la journaliste.

Des affaires qui bien souvent aboutissent à un non-lieu, à un classement sans suite ou à des peines allégées. « Chaque année entre 1200 et 1400 policiers sont mis en causes dans des affaires de violence, seulement une cinquantaine sont condamnés. Il est normal que le nombre de mises en causes soit supérieur aux condamnations » rappelle la journaliste. Mais dans ces cas-là on observe que la justice considère les difficultés de l’exercice de ce métier et « à tendance à se ranger de leur côté »

Du côté des policiers, ils ne regrettent pas leurs gestes affirme la journaliste, et que cela soit « par stratégie de défense ou pensée sincère d’avoir bien agi ». S’ils ne remettent pas en cause leurs pratiques professionnelles, il en va autrement pour la hiérarchie ou pour la formation qu’ils ont suivi.

Camille Polloni a aussi suivi la trajectoire des assignés à résidence. Elle a notamment rencontré alors qu’elle travaillait encore à Rue89, Kamel Daoudi, condamné pour appartenance à Al Qaïda, et assigné à résidence aux quatre coins de France, de Carmaux à la Charente. « Cela n’a pas été très compliqué de rentrer en contact avec lui » assure-t-elle. De même, elle n’a pas eu de problème du fait qu’elle soit une femme. « Cela démystifie beaucoup de choses sur ces personnes qui sont considérées comme dangereuses ».

Enfin, pour son obsession A la poursuite de l’argent sale, au cœur de la justice anticorruption et du Parquet national financier, celle qui s’avoue « avoir été une étudiante nulle en économie et en finances publiques », a dû adopter un langage compréhensible pour des sujets aussi techniques que le verrou de Bercy. Expliquer sans oublier le sens de la formule, accompagnée d’une pointe d’humour, c’est donc cela la recette des Jours.

 

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